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Février 2018

ÇA VA ?

Qui a envie de connaître la vraie réponse à cette question étrange, « comment vas-tu » ?
Il y a celle qui plane parfois : un « non » distant, trouble, que je ne veux plus prononcer. Trop utilisé, ce mot, court, a perdu tout son sens. Comme dans Pierre et le Loup à force d’appeler finalement les mauvaises surprises sont apparues. Elles sont là, qu’importe, n’en parlons plus. 
Et puis il y a le « oui », sporadique, un peu honteux. Celui qui sort, parfois, quand on s’aperçoit que certaines cicatrices se referment, et qu’on se demande si on a le droit de sourire. Est ce qu’on peut se permettre d’être heureuse rien qu’un peu quand tout autour rien ne va ? Est-ce qu’on sait comment faire aussi ? Faut-il faire semblant d’être contente pour le devenir ? 
Quand votre monde a été remis en question et que tout est éteint, triste, on se surprend à trouver des éclats de lumière à des endroits peu évidents, timides mais présents : un article qu’on arrive à finir, une jupe que l’on peut enfin à fermer, la motivation contagieuse le matin de son chien pour sortir, la lecture de Martin Eden de Jack London dans son bain, les mots précieux de Paul B. Preciado dans Libération. Comme une révélation, on fait ce constat : dans la nuit la plus noire il reste encore quelque éclairs à embrasser, dans l’hiver le plus froid il y a quelques sources de chaleur dont il faut se rapprocher.
Et dans ce tunnel, celui de ce début d’année, celui de l’âge adulte, celui de ces périodes obscures dont on ne sait que faire, on espère qu’on sera cette accumulation de petits trucs en plus, qui fera qu’on se sauvera un peu. Parce que finalement, ça ne va jamais et ça va tout le temps. Tout est une question de regard que l’on pose sur les situations.
Pour février, on s’arrangera donc pour que ça aille, chaton. Parce que comme comme diraient les meilleures citations de ton agenda de cinquième, tout finit toujours bien : si ça ne va pas, c’est que ce n’est pas terminé.

Courage. Le printemps arrive, les réponses que tu cherches aussi. Il faut du temps pour savoir où on va.
En attendant, pas de panique : il suffit de répondre « et toi ? »

Ton amie, 

Marine