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Décembre

UN GRAND BORDEL D’AMOUR

Cela fait dorénavant plus de six ans que Retard est dans ma vie, et je m’en suis largement servi comme journal intime, disséminant au fur et à mesure des articles mes petits tracas personnels, les transformant régulièrement en grands drames que je ne pensais jamais oublier. Mes peines amoureuses, mes introspections, mes soucis, j’avais fait le choix de tout raconter avec la plus grande intensité possible, prenant régulièrement par la vie des gifles dont je ne voulais pas me remettre. Je pensais que c’était ça, ne pas vivre à moitié.
Suite à une discussion où on s’était pourri la gueule, le garçon dont je suis tombée amoureuse unilatéralement cet été était venu à une autre conclusion. J’étais une drama queen. J’étais sortie de cette conversation outrée. Il n’avait rien compris.
Au mois de novembre, ma vie a été le plus gigantesque bordel que je n’ai jamais vu. Une nouvelle n’a pas été bonne, du genre capable de changer toute une vie, toute la perception que j’avais du temps, des choses. Giflée par la vie avec une rare violence, je me suis aperçue de la chance que j’avais d’être aussi bien entourée, par mes proches, par ma famille, par mes amis. J’ai rencontré quelqu’un de vraiment chouette aussi, en plus d’un nouveau boulot, d’un nouvel appart, de tout de neuf. Et pour la première fois, alors que mon carnet me sert d’exutoire, je n’ai pas su comment gérer toutes ces informations. Je n’ai pas su quoi en dire. Je n’ai même pas envie d’en faire quoi que ce soit.
Je ne sais pas du tout ce qui m’arrive.
Peut-être qu’il était enfin temps que je la ferme. Peut être qu’il était temps que je me consacre à d’autres choses, d’autres personnes, que j’écrive autrement qu’à la première personne. Peut-être qu’il était temps de devenir une adulte. Peut-être qu’il était temps que je vous fasse plus de place. J’ai souvent vu Retard comme un projet personnel enrichi de la parole de l’autre. C’est faux. C’est de plus en plus le vôtre, et c’est bien mieux comme ça.
Aujourd’hui j’ai besoin de vous. Je ne peux pas dire tout. J’ai besoin d’un peu de recul pour digérer, le bon comme le mauvais. Alors il faut que vous le fassiez pour moi. Je compte sur vous pour m’envoyer des textes et j’ai hâte de vous lire, même si je mets actuellement beaucoup de temps à répondre. Soyez cléments. Mon quotidien est actuellement un grand bordel, un si grand bordel d’amour. 
Joyeux Noël. Bonnes fêtes. Ne soyez pas des connards. On vous aime comme des fous.
Je vous embrasse comme une mère, 

Marine