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Octobre 2018

OCTOBRE

Pendant des années, je pensais qu’écrire un livre allait changer ma vie. Il y aurait un avant et un après, je laisserai enfin une trace, aussi prétentieuse et égoïste que cette pensée peut être. Je savais même pas quoi foutre, après, de tout mon temps. C’était juste mon aboutissement, mon wall of fame personnel.
J’allais même le dédicacer à ma maman.
Chaque journée à ne pas travailler dessus était une journée de perdue, et évidemment, elles l’étaient toutes. Incapable de me mettre devant mon ordinateur, je regardais le temps s’écouler et les pages virtuelles rester blanches. Je te parle même pas du fait de tout recommencer à chaque remarque de tel ou tel copain. Mon mythe de Sisyphe personnel.
Un échec, un de plus, à rajouter entre « maigrir » et « apprendre à faire du roller », juste au dessus de « jouer correctement de la basse ». Pas vraiment les trucs qui aident à se sentir mieux.
Pourtant, dernièrement, le succès de Comme Nous Brûlons (et je ne parle pas du succès en thunasses hein, je parle du bien fou que ça m’a apporté, de bosser et de monter un festival avec une vingtaine de personnes super), alors que je n’y croyais pas du tout au début, m’a fait réfléchir à un truc complètement évident, mais saugrenu pour mon petit cerveau malade.
Et si on passait son temps à se gourer d’objectifs et à considérer comme des échecs des trucs qui n’étaient de toute façon pas faits pour nous ?
Genre au lieu de monter une multinationale du fun avec Retard (ce qui était mon rêve hein quand on l’a monté), enchainant Coachella et le Burning man (berk), mon but était d’organiser de belles choses avec plein de meufs cools ? Et si mon autre rêve, qui était de monter un média, était cool à l’échelle qu’il a actuellement ? Bien sur, on ne sera jamais Grazia ou même 20 ans (oh magazine mort, si tu savais comme je t’aime), mais c’est déjà okay non ? Et ça en est déjà un, de bel aboutissement, non ?
Franchement, on devrait arrêter de se traiter comme des start up. Vous savez combien se casse la gueule ? 90 %. Alors mollo. On fait péter le premier bouton de son pantalon et on fait pédale douce. Au lieu de foutre la barre plus haut, je vais déjà savourer d’avoir déjà réussi à passer dessus, parfois. Me féliciter d’être sortie de mon lit et d’avoir accompli des trucs. Regarder tout ce que j’ai déjà fait de cool.
Pour ce mois d’octobre poussin j’ai envie que tu fasses la même chose. Que tu regardes ce que t’as barré sur ta to do au lieu des trucs qui restent à faire. Tu verras quelque chose qu’on sait toutes déjà : c’est que t’es mon champion.

On t’aime comme t’es, et on te souhaite un bon mois d’octobre, plein d’autocongratulation et de High Five à toi tout seul.
Tu le sais déjà que t’es le meilleur.

Je t’embrasse, 

Tata Riri.