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La semaine 43

Il ne se passe rien pendant des mois,
Et puis d’un coup, sans prévenir, surgit la semaine 43.
Evidemment je cherchais de nouvelles opportunités professionnelles, mais je ne pensais pas trouver aussi vite et aussi bien.
J’ai posé ma démission, dernier jour le 27 octobre.
Evidemment je cherchais à m’installer toute seule, mais je ne pensais pas trouver aussi rapidement un appartement cool et surplombant la capitale.
J’ai signé le bail, état des lieux le 27 octobre.
Evidemment, je m’inquiétais de l’état de santé d’une des personnes que j’aime le plus au monde, mais je ne pensais pas que j’attendrais encore la réponse,
Encore et encore,
Et ce, pendant toute la semaine 43.
Les années passent et parfois on ne change pas d’âge : je crois que j’ai été bloquée longtemps sur mes 20 ans, une adolescence en mode repeat, revivant année après année les mêmes choses, surjouant néanmoins au fil du temps l’innocence, le fun, l’indolence, l’irresponsabilité qui conduisaient mon quotidien.
En sept jours j’ai rattrapé 10 ans. En sept jours je suis devenue une adulte, qui jongle péniblement avec ce que la vie lui propose, qui gère le quotidien sans le noyer dans un torrent d’angoisse parce que la réalité l’est déjà suffisamment, et qui s’accorde des pauses chiale, seulement quand il n’y a plus personne aux alentours, sur le chemin en rentrant de soirées bien trop tardives ou entre deux cartons.
En sept jours, un mois pile avant de passer à 31, j’ai enfin eu mes 30 ans.
Et il va falloir en faire quelque chose, apparemment.
On n’a peut-être pas forcément l’âge indiqué sur notre profil tinder. On fait tout ce qu’on peut avec les épreuves que la vie nous fout dans la gueule, et c’est la seule vraie façon de vieillir.
Ou je confonds peut-être grandir et prendre de l’âge. Les deux sont douloureux. Et finalement, tout aussi plein de promesses.