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Septembre 2017

Vieux = Mieux : septembre 2017

Pour cette septième année de Retard, une chose est sure, le constat est sans appel. On vieillit.

Le premier papier publié sur le site date d’août 2011, et depuis, on ne va pas se mentir, notre petite voiture de l’amour enquille dorénavant les kilomètres au compteur et les plaquettes de frein sont bien usées. Et on galère pas mal, surtout au démarrage.

J’avais 24 ans, presque 25, quand j’ai pris mes ovaires à deux mains (enfin une, parce que c’est quand même plus pratique pour écrire) pour mon premier papier sur cette plateforme. Anna, comme Roca, en avait 21. Et aujourd’hui, force est de constater que plein de choses ont changé. Pas sur le fond, évidemment : un chat restera un chat, même maquillé bourré. Mais la forme est en perpétuelle mutation.

J’ai longtemps chouiné en voyant les années s’ajouter. Je me suis demandée ce que je faisais de ce temps qui passe. Alors qu’on quitte les rivages de l’hystérie pour ceux de la sagesse, qu’on refuse dorénavant de dormir dans des tentes pour ne pas entendre ses voisins piner, qu’on ne veut pas boire plus de deux pintes et qu’on décide de se lever tôt pour découvrir la gastronomie des régions que l’on traverse, sommes-nous, ou en tous cas, suis-je en train de devenir une vieille conne ?

La vérité ? Sûrement. Et je m’en contrefous. Je suis en roue libre, capable de porter des chaussettes avec mes sandales, de ne pas me maquiller, de faire la gueule quand les autres me font chier. Je laisse mes racines et mes cheveux blancs s’afficher. J’ai 30 ans mais le triple dans ma tête, en freestyle total comme seuls peuvent l’être les infantiles et les séniles. Je me sens bien.

L’un de mes rédacteurs en chef avait donc entièrement raison : vieux = mieux.

Sache donc que Retard ne sera peut-être plus « edgy », « cool », ou tous les termes de blaireau de la pub que tu utilises quand tu essaies d’expliquer tes achats de baskets dégueulasses que tu as payé 200 boulards. On sera paresseuses, autocentrées, peut-être ennuyeuses, on dira souvent « non » et on parlera sporadiquement toutes seules. On sera aussi imprévisibles, énervées, déterminées et franches, capables de partir en sucette au quart de tour. On portera des pantalons à élastique qui ne serrent pas et on ne supportera pas plus longtemps tes conneries. On sera comme ta tata, ou mieux, on sera comme Sylvie, la daronne un peu vieille mais bonasse sur lequel tu fantasmes quand tes mains se baladent pourtant sur le cul bombé d’une meuf lambda. Une minette qui a eu son baccalauréat l’année dernière, la huitième que tu chopes avec la même coupe de cheveux et un instagram chiant légendé exclusivement avec des extraits de bouquins qu’elle n’a pas lu.

En même temps c’est ta merde. Ce n’est plus la mienne. Je te l’ai dit plus haut putain, on dit au revoir à l’hystérie.

Tu l’auras compris. Finies les chouineries, babaye les enfantillages. On a enfin l’âge de raison, et on va te montrer de quoi maman est capable. Tu te tiens droit et tu te prépares : cette année, plus que jamais bébé, on ne te laissera pas dans un coin.

Je t’embrasse alors que je viens juste de remettre du rouge à lèvres pour bien te foutre la honte devant tous tes copains.

Ta milf,

Marine