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mercredi, 04 octobre 2017

10 trucs que mon burn-out m’a appris (le 8e va vous surprendre)

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Un après-midi de février 2017, j’ai craqué. Toutes les cellules de mon corps ont crié : “Stop, ça suffit”, d’une même voix. Je me sentais très calme au moment où j’ai pensé : “Soit je me fais arrêter, soit je fais une connerie”. Mais ça ne m’a pas empêchée de fondre en larmes chez le médecin quelques heures plus tard.

Le diagnostic était “ simple ” à établir : burn-out, accompagné de troubles anxio-dépressifs.

“Syndrome d’épuisement professionnel caractérisé par une fatigue physique et psychique intense, générée par des sentiments d’impuissance et de désespoir”. C’est en ces termes que Le Larousse définit le burn-out. En gros : vous vous êtes cramés le cerveau, écrasés par une quantité de taff devenue trop lourde à gérer.

J’ai toujours été une grosse bosseuse. Depuis le lycée, j’avais trimé, trimé, trimé pour me donner les moyens d’en arriver là où j’étais : journaliste à Paris, diplômée d’une grande école. Quand on a la chance de faire ce qu’on aime, on ne peut pas travailler jusqu’à en devenir malade, non ? À 25 ans, je me sentais pourtant très malheureuse, et démunie. J’étais déçue de moi-même. Je m’en voulais énormément. Avant de comprendre que ce n’était pas la bonne analyse.

Le médecin m’a d’abord prescrit trois jours d’arrêt, puis quatre, puis une semaine, jusqu’à atteindre le rythme d’un mois par consultation. À côté, j’ai doublé mes séances de psychothérapie (bien sûr ni remboursée par la Sécu, ni par ma mutuelle, parce que tant que vous ne voyez pas un psychiatre pouvant vous noyer sous les antidépresseurs, votre santé mentale ne mérite pas une prise en charge) (sic).

Dire que j’en ai bavé est un doux euphémisme. Quand je pensais ne pas pouvoir aller plus bas, il y avait toujours un nouveau recoin sombre de mon cerveau pour m’accueillir avec joie dans l’auto-dépréciation, l’angoisse et la déprime. C’était comme un couloir sans fin, où des portes apparaissaient et restaient ouvertes malgré mes efforts pour les refermer. “Comment j’ai fait pour en arriver là ? Qu’est-ce que je vais faire de ma vie ? Est-ce que je suis une bonne à rien ? Est-ce que je suis vraiment faite pour ce métier ?” Autant de questions qui accompagnaient mes crises d’angoisse et insomnies, en plus du sentiment intense de désespoir mentionné plus haut.

Et aujourd’hui ? Aujourd’hui, ça va mieux. J’essaie de faire en sorte que ça aille encore mieux. À la rentrée, j’ai décidé de tenter le statut de freelance. Parce que je ne me sens pas encore capable de reprendre un rythme de travail très intense. Parce que j’ai besoin de décider de mon emploi du temps. De reprendre confiance à mesure que le travail reprend sa place dans ma vie.

Le côté “positif” de ce burn-out est qu’il m’a appris plein de choses. Sur moi-même, sur les autres, sur ce qui devrait être important, et sur ce qui devrait l’être moins. En voici une liste non-exhaustive.

1 – Être “faible” n’est pas une faiblesse

Les journées éreintantes se transformaient en semaines, puis en mois. Je travaillais plus, toujours plus, comme ci, puis finalement comme ça, de telle heure à telle heure. Je redoublais d’effort, devenant une sorte de Shiva, une Mystique s’adaptant à toutes les situations, à toutes les demandes. J’avais l’impression d’être partout et nulle part à la fois. Et avec le sourire, s’il vous plaît. Le soir, le week-end, je multipliais les sorties “pour me changer les idées”, pour me dire que j’existais en-dehors de mon travail. Pour y échapper. Je croyais que c’était vital, mais ça n’a fait qu’empirer ma fatigue physique et nerveuse.

Dans une société toujours plus compétitrice, il est extrêmement difficile de se permettre d’être “faible”. Et encore, j’emploie le mot en référence à ce qu’on a pu me dire, ou ce que j’ai pu sentir chez certaines personnes en leur expliquant mon ressenti.

Il m’arrive encore de culpabiliser d’avoir fait un burn-out, voire, d’en avoir honte. Mon burn-out avait réveillé un sentiment d’imposture. Comme s’il était la preuve que je n’étais pas faite pour le métier de mes rêves. ”Donc, pour être une bonne journaliste, il faut être capable d’être malheureux en permanence ?”, m’a demandé ma psy il y a quelques semaines. J’ai eu un temps d’arrêt. Évidemment, la réponse est non, même si on a tenté plusieurs fois de me faire croire le contraire. La réponse est la même pour n’importe quel métier. Aucun travail ne vaut la peine de se ruiner la santé. Tout comme souffrir au travail jusqu’au burn-out ne veut pas forcément dire que vous n’êtes pas fait pour ce travail en question. Parfois, cela veut “simplement” dire que vos conditions de travail ne sont pas bonnes.

2 – Il faut rester vigilant

Si vous ne vous écoutez pas, personne ne le fera à votre place. C’est normal. (En omettant les gens qui tentent d’oublier leurs propres problèmes en essayant de gérer ceux des autres à la place. 

Écoutez-vous, bon sang de bois. Si vous avez régulièrement la boule au ventre, si vous vous sentez dépassé par des pensées négatives, si vous vous sentez seul, si vous avez du mal à accomplir des tâches quotidiennes, ou si, au contraire, vous vous épuisez à la tâche mais n’en retirez aucune satisfaction : c’est votre corps qui vous envoie des signaux d’alerte. ÉCOUTEZ-LE. Personne d’autre que vous ne l’entend.

3 – Votre ressenti est personnel et légitime

À cause de ma culpabilité et de mon syndrome de l’imposteur, je n’arrivais plus à savoir si mon sentiment de mal-être, pourtant de plus en plus intense, était légitime. Je cherchais l’approbation chez les autres. Je voulais obtenir un “Tu as raison d’aller mal”. Au lieu de faire confiance à mon ressenti, ma petite voix intérieure qui me disait de me protéger mieux que je ne le faisais alors. Plus j’ai attendu, plus je me suis exposée, plus je me suis rendue vulnérable. J’ai perdu du temps et de la force pour rien.

Parce que c’est bien beau de s’écouter, il faut aussi se faire confiance. Ma psy m’a dit un nombre incalculable de fois d’arrêter de chercher la validation de mes sentiments auprès des autres. Un réflexe nocif dont je n’avais jamais eu conscience jusqu’alors.

Votre ressenti vous est propre, personne n’a le droit de vous l’enlever. Il est légitime, même si quelqu’un le nie, estime que “vous vous plaignez pour rien”, ou vous fait comprendre que lui/elle connaît/a connu une situation pire et s’en sort/s’en est sorti mieux que vous.

Chacun est différent, a une approche différente des choses, et une force différente. Il faut non seulement l’accepter mais aussi, le respecter. Ne cherchez pas à vous imposer aux autres. En faisant ça, vous ne les aidez pas.

4 - Être bienveillant envers soi est essentiel

 À partir du moment où vous vous écoutez et où vous vous faites confiance, vous vous êtes construit un bouclier mental contre ceux qui veulent valider ou non votre état, et par là, vous volent un peu de votre libre-arbitre. Vous avez acquis une grande liberté : vous “autoriser” à aller mal.

Être bienveillant envers soi-même n’est pas une tare. Au contraire, c’est le réflexe le plus sain que vous puissiez avoir. Être bienveillant envers soi, c’est savoir se dire “Je ne mérite pas ça” quand on se retrouve dans une situation qui nous paraît intenable. Ou même, juste très reloue. Car, non, contrairement à ce que j’ai longtemps pensé, on n’est pas obligé d’attendre que la corde soit usée jusqu’à la dernière ficelle pour réagir.

 5 - Connaître vos limites ET poser vos limites est indispensable

Ok, alors vous vous écoutez, vous vous faites confiance et vous êtes décidé à prendre soin de vous. Bravo. Encore faut-il que cela puisse se faire. Et cela passe par : connaître vos limites.

Pour cela, il faut vous questionner. “Jusqu’à quel point j’arrive à supporter la pression ? Est-il vraiment indispensable que j’accepte ce boulot supplémentaire ? Ai-je besoin d’une semaine de vacances pour souffler ? Est-ce que je suis heureux d’aller au travail la plupart du temps ? Est-ce que je me sens reconnu(e), valorisé(e) ?” Soyez honnête dans vos réponses. Encore une fois, il n’y a aucune honte à avoir des limites. Elles sont normales. Vous n’êtes pas un robot. Chacun encaisse à son rythme.

Quand vous vous heurtez à vos limites, dites-le. À vos collègues, votre boss, votre partenaire, vos amis, votre famille. Car personne ne les devinera à votre place, et les esprits les plus mal intentionnés seront ravis de vous “user” tant que vous ne leur aurez pas dit d’arrêter. Vous avez le droit de dire “stop” ou “non”. Le mieux est encore de le faire calmement, avec des arguments. Ça vaut aussi bien pour le travail que pour les relations amicales, familiales ou amoureuses.

Nuance qui a son importance : certes, vous seul pouvez poser vos limites, mais pour autant, cela ne vous rend pas “responsable” de votre mal-être. Encore moins si des personnes en charge n’écoutent pas votre souffrance.

J’insiste là-dessus parce que je ne supporte plus les discours culpabilisants du type : “Tu vas mal ? Bah, c’est de ta faute, non ? Tu travailles trop, tu veux trop en faire. Tu es juste mal organisé(e). Tu prends les choses trop à cœur. Faut le dire quand ça va pas hein, sinon tu vas craquer un jour et faudra pas te plaindre”.

Gardez ces discours simplistes, souvent prononcés par ceux qui entretiennent le mal-être au travail, le plus loin possible de vous. Beaucoup de gens n’arrivent pas à poser des limites dans un cadre professionnel, oui. Mais est-ce de leur faute ? Souvent, ils n’ont pas appris à le faire, ont peur pour leur place, ne veulent pas paraître “faibles”. Souvent, on ne leur laisse pas la possibilité de le faire, on sous-estime leur souffrance, on ne les écoute pas. Ou on fait semblant de les écouter. On les caresse dans le sens du poil en espérant que ça passe et qu’ils continuent à encaisser. Il faut beaucoup de confiance en soi pour passer outre et insister.

 6 - Se faire aider peut vous sauver la vie

Mon burn-out a commencé à s’installer en juillet 2016. Pendant les vacances, toute la pression est retombée et j’ai eu des crises de larmes inopinées. Dans la rue, à table avec mes parents, le matin au réveil. En plus d’être malheureuse dans mon travail, ma vie privée était une source de stress. Je me sentais très seule et désarmée. Quand on a rompu avec mon mec de l’époque, je me suis dit : “Comment je vais faire pour supporter le travail maintenant ?“ J’étais paniquée que mon dernier sas de décompression, même imparfait, m’ait lâchée.

Cette rupture a été le petit coup de pied fatal qui m’a fait basculer dans le ravin de la dépression. Travail, relations amoureuses : j’avais l’impression de tout rater. À l’automne, les crises de larmes se multipliaient, je me sentais ainsi et pour tout comme une grosse merde. Je commençais à avoir peur de moi, de ce que mon cerveau me disait, je n’arrivais plus à imaginer l’avenir. Je me sentais acculée.

J’ai eu une initiative salutaire : me décider pour de bon à consulter. J’ai eu énormément de chance de trouver ma psy du premier coup, encore plus quand je repense à mon premier essai infructueux d’il y a quelques années.

Avec elle, j’ai l’impression d’être à l’École de la Vie. J’apprends à être moi. À m’écouter, à me respecter, à me faire confiance, à m’exprimer, à m’apprécier, à me défendre, à être indulgente envers moi-même, à me comprendre, à grandir. C’est parfois douloureux, mais ça fait un bien fou. Pendant longtemps, j’ai cru pouvoir m’en sortir seule. C’était une erreur.

7 - Il ne faut pas avoir peur de faire ce qui est nécessaire pour aller mieux

Si la situation ne change pas malgré vos alertes et que le mal-être persiste, il est temps que vous preniez les choses en main. Demandez-vous : “Qu’est-ce qu’il me faudrait pour aller mieux ?”

De mon côté, j’ai senti que si je ne demandais pas un arrêt maladie, j’allais sérieusement péter un plomb et potentiellement faire une connerie. Puisque personne ne me prenait au sérieux, et que je me sentais extrêmement seule, j’étais prête à leur montrer jusqu’à quel point j’allais mal. Je commençais à me persuader que c’était la seule issue. Pour avoir enfin la paix. Heureusement, je me suis arrêtée avant que ça ne prenne des proportions inutiles. Rien ne vaut qu’on s’interdise le droit d’exister. Je me le répète encore souvent depuis.

Alors, j’ai demandé un arrêt. J’avais vraiment peur du regard des autres, de leur jugement, de leur incompréhension, de leur légèreté face à ma situation, alors que je me sentais en chute-libre. Mais cet arrêt était la meilleure décision que je pouvais prendre pour moi.

Si vous avez besoin de partir : partez. Si vous avez besoin de consulter : consultez. Si vous avez besoin de vous isoler : isolez-vous. Si vous avez besoin de moins d’obligations sociales : annulez des sorties. Si vous avez besoin de voyager : voyagez. Si vous avez besoin de changer de cap : considérez vos options. Sans regret.

 8 - Si les gens ne comprennent pas, ce n’est pas grave

En-dehors du champ de mines qu’est un cerveau en dépression, le plus dur à gérer dans ce genre de situation est… les autres. Vous avez du soutien, de l’écoute, des échanges constructifs, heureusement. Mais vous rencontrez aussi des réactions mitigées, interdites, maladroites, et parfois, blessantes, voire, malintentionnées. “Arrête, tu n’as pas de problèmes”, “Bah j’avais pas compris que tu n’allais pas bien”, “Je ne sais plus quoi te dire”, “Je ne comprends pas”, “Mais tu pourrais pas juste [insérer une solution toute faite qui sous-entend que vous ne faites pas ce qu’il faut et que vous vous complaisez dans votre malheur] pour que ça aille mieux ?“

Vous vous les prendrez en pleine face et ça fera mal, très mal.

Vous n’avez pas à vous justifier sur votre mal-être (Rappelez-vous : votre ressenti est personnel et légitime). Oui, il y a plus grave, oui, des gens souffrent plus que vous, pour d’autres raisons. D’accord. Mais votre mal-être n’annule pas le malheur des autres et inversement. Donc ce type de raisonnement est inutile.

Il faut aussi savoir être indulgent. Subir une dépression est extrêmement difficile, et les proches ne savent pas toujours quoi faire ou dire. Au bout d’un moment, vous arriverez à différencier les gens maladroits de ceux qui ne savent juste pas faire preuve d’empathie.

9 - Aller mieux demande du temps, de la patience et de l’implication

Traiter un burn-out prend beaucoup de temps et d’énergie mentale. La dépression qui l’accompagne est un roller-coaster émotionnel dont on ne connaît pas à l’avance la fin. Parfois, burn-out ou pas, il dure toute la vie. Car une dépression ne se soigne pas en 3 séances de psy, une virée shopping ou un weekend aux Bahamas.

C’est fait de jolies remontées qui vous mettent des papillons au ventre, et de grosses rechutes vertigineuses où l’angoisse reprend le dessus. Un pas en avant, deux en arrière. Des avancées et des réajustements. 1 an après le début de mon burn-out, je suis toujours dans cette dynamique, même si je maîtrise mieux les épisodes négatifs. C’est pénible pour soi et les autres, certes, mais c’est comme ça.

C’est pour cela que vous ne pouvez pas espérer aller mieux si vous ne vous investissez pas pleinement. Si vous n’êtes pas prêts à affronter ce qui vous fait peur, vous empêche d’avancer, ni de vous remettre en question, d’essayer de nouveaux comportements, de quitter des environnements toxiques, vous n’y arriverez pas. Sachez aussi vous entourer de personnes bienveillantes et patientes.

 10 - On n’est pas défini par son mal-être

La dépression vous bouffe toute la vie, ou du moins, une énorme partie. Elle vous vole votre espace vital, le cocon mental dans lequel vous êtes censé pouvoir vous réfugier, votre disponibilité, votre envie. Elle ne vous lâche que rarement. Elle vous fait croire qu’elle sera toujours là.

C’est faux. Des proches bien intentionnés, un(e) partenaire à l’écoute, un nouveau travail, des nouveaux projets, de nouvelles envies, du temps pour soi, une thérapie fructueuse aident, petit à petit, à se libérer de la dépression, ou en tout cas, à mieux supporter les pires moments. Ceux où vous croyez qu’elle est vous, et que vous n’êtes qu’elle. 

Vous ne vous résumez pas à votre dépression. La dépression ne révèle pas qui vous êtes. Elle révèle vos faiblesses, vos peurs les plus profondes, vos interrogations, les déceptions et traumatismes que vous n’arrivez pas à gérer seul(e).

Vous êtes bien plus que cela. Vous ne le savez juste pas encore.

Roca Balboa

Bricole Gueurle officielle de la Team Retard
Roca Balboa est née en 1990 et aimerait bien réadopter des rats. Amie d'Anna, la première fois qu'on l'a rencontrée on a vu un petit chaton tout mignon. Puis, en mangeant un kebab sur un banc, on a constaté la bouche pleine d'une viande qu'on connaissait pas qu'elle avait la gouaille la plus hardcore qu'on connaisse. Et un putain de talent pour le dessin. SON SITE PERSO : http://rocabalboa.com/