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jeudi, 02 avril 2015

COMMENT J’AI ROMPU AVEC RYAN

Par
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Dans la vie, j’écris des histoires, je vois mes petits potes, je fais des reportages et souvent, je prends l’avion. D’abord avec mes parents jusqu’à l’âge de 13 ans, puis très rapidement, seule, avec pour seuls bagages une valise pleine de fringues et mon matos Canon. Etats-Unis, Canada, Chili, Inde, Vietnam, et j’en passe. 

Je connais les couvertures sopalin Air France qui réchauffent que dalle. L’angoisse d’une insomnie de 72 heures avec les yeux injectés de sang. La bouffe dégueulasse (et froide), ou encore les turbulences à te faire vomir d’angoisse. Tous ces petits désagréments ordinaires je les ai vécu et j’en suis revenue. J’ai toujours remis une pièce dans le jukebox pour un autre voyage. 

Je ne saurais citer toutes les compagnies avec lesquelles j’ai volé. Il y en a eu beaucoup. Des plus ou moins fiables, comme « spice jet » qui te fait stopper 3 heures dans un aéroport pour choper un ou deux passager en rab’ avec pour seule compensation un plat au curry douteux et une musique Bollywood qui rend dingue. 

Mais récemment, l’une d’entres elles aura eu raison de ma sacro-sainte foi en la sécurité aérienne. Comme vous êtes des petits malins et que vous avez lu le titre de cette page magnifique vous aurez sans doutes compris qu’il s’agit de Ryanair. 

La raison ? Mon vol Barcelone-Dublin ne s’est pas tout a fait déroulé dans les meilleures conditions.

Le réacteur gauche de l’appareil a tout simplement flambé au décollage. En l’air quoi. Vous savez, ce moment pas vraiment rassurant où l’appareil doit mettre plein gaz pour passer la couche de nuage ? Et bien c’est à ce moment précis que l’avion est parti en couille. 

En premier, un bruit d’explosion. 
Je regarde au travers de mon hublot – il faut savoir que ce dernier donnait directement sur l’engin en question –et observe quelques étincelles. 
Je me dit « C’est ok, ça doit être pareil que les métros quand ils font des virages serrés ou je sais pas quoi ». Au fond de moi pourtant, je savais que ça ne l’était pas du tout, ok. 

Là, l’ensemble des passagers relève la tête et se demande ce qu’il peut bien être en train de se passer, avec dans le regard une légère crainte.
La vérité, c’est qu’on a pas vraiment eu le temps d’organiser nos pensées. Déjà, deux autres bruits assourdissants retentissent au même endroits et d’ÉNORMES flammes se développent et viennent lécher le flanc du Boeing. 
Tout l’habitacle vibre, les gens commencent à hurler. Ça commence sérieusement à puer la merde.

Et là concrètement, 
Tu te dis que tu vas y passer. 
Tout simplement.

Je regarde le sol : on était déjà à quelques centaines de mètres de la terre ferme.

Mes jambes se figent et un frisson glacial vient flirter le long de mon dos.

Tout va très vite dans mon cerveau et mes pensées s’organisent de cette manière :
- Je vais mourir.
- Je dois envoyer un sms à ma mère pour lui dire que je l’aime.
- Merde, je n’aurais pas eu de copain en 2015.
- Je dois contacter mes potes sur Facebook pour leur dire bye-bye (Coucou Ménélik)
- Le pilote va foutre l’avion dans l’eau. Si c’est le cas et vu ma position, c’est cramé pour moi.
- Quoique, si j’ai une chance, je marcherai sur les têtes mais je survivrai. Au fait : aurais-je le temps de récupérer mon 5D ? Oh, ça ferait un selfie du tonnerre.
- Pourquoi l’avion n’a t-il pas encore frappé l’eau au fait ?

En gros.

Et puis mon téléphone qui met du temps à se connecter au réseau. 
Et puis les gens qui hurlent. Les enfant qui hurlent.
Une fille dans ma rangée se met à pleurer,

Et moi, je suis hypnotisée par les flammes.

Pendant ce temps, mes contacts Facebook se déchainent sur mon post. Au total : prés de 150 messages, presque tous des blagues pas vraiment drôles. NORMAL, personne ne croit vraiment au petit délire fumant que je viens de poster sur la toile.

Pendant ce temps, l’avion faisait des cercles au dessus-de l’eau.
L’odeur de brûlé était abominable. 

Et puis, au bout de 5 minutes terribles, le commandant de bord a fait une annonce.
« Pour cause d’incident majeur nous sommes forcés de retourner en urgence à Barcelone. Merci de garder vos ceintures attachées jusqu’à l’arrêt complet de l’appareil. »

Merci pour le conseil mec, vraiment. J’étais à deux doigts de me lever pour aller acheter une de ces cartes Loto-bingo pourries hors de prix que les hôtesses ont oublié de nous proposer faute de temps. LOL !

Bref, on est retournés gentiment se poser sur le tarmac espagnol après un « Mayday  Mayday Mayday » bien justifié.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là.

Pour s’excuser de nous avoir faire presque tous crever, Ryanair nous a offert un ticket restau de 5 euros pour que l’on se « remette de nos émotions ». Grands Princes.
Évidemment, j’ai directement twitté cette information capitale en remerciant bien cette bande de c@nn#rds. 

3 heures plus tard, on réembarquait dans un autre avion, avec un autre crew. Le tiers des passagers manquait à l’appel. J’imagine qu’ils ont du rentrer chez eux pleurer, ou se « remettre de leurs émotions » avec une bonne bière ou un bon tarpé. 
Moi, j’avais pas le choix, il fallait que je m’envole pour l’Irlande.

Maigre consolation : le pilote du précédent vol foireux est venu s’asseoir à côté de moi. Il était drôlement joli et je me serais volontiers « remise de mes émotions » avec lui, quelque part entre le cockpit et la terre ferme. 

Au lieu de cela, je l’ai écouté me raconter comment les écrans de contrôles n’ont pas indiqué d’incendie mais uniquement « un disfonctionnement dans les pales du réacteur ». Ou encore, comment deux oiseaux énormes – semblables à des ptérodactyles selon lui – ont foncé droit dans l’engin. 
La vérité ? Je ne la saurai jamais. Mais le mot « balnaves » m’est soudainement venu à l’esprit.

Depuis cet incident, à chaque fois que l’hôtesse ferme la porte d’un Boeing j’imagine que l’on referme le couvercle de mon tombeau. Je me concentre sur ma respiration et je ne serre la main de personne, puisque je voyage seule.

La vie est une jongle.

PS : après moult recherches et investigations sur cette compagnie je ne peux que vous déconseiller de l’utiliser. Bisous.

Sylvia

Sylvia est née en 1988 et ne sait pas si elle préfère son appareil photo ou son passeport. Journaliste toujours en goguette (perso je pense qu'elle fait ça pour les miles, mais je vais pas lui dire), Sylvia use ses semelles sur les routes internationales pour ramener des histoires souvent tarées. Si elle rêve de devenir scénariste, elle imagine en attendant le coup de téléphone de Luc Besson (oh ça va je déconne) des petites chroniques sur sa vie de meuf "ON THE ROAD AGAIN", comme dirait Bernard Lavilliers.

Anna Wanda

Directrice Artistique et illustratrice
Anna est née en 1990 et se balade avec un collier où pend une patte d'alligator. Graphiste et illustratrice particulièrement douée (sans déconner), elle n'est pas franchement la personne à inviter pour une partie de Pictionnary. Toujours motivée et souriante, c'est un rayon de soleil curieux de tout et prêt à bouncer sur un bon Kanye West, tout en te parlant de bluegrass. Par contre, elle a toujours des fringues plus jolies que toi. T'as donc le droit de la détester (enfin tu peux essayer, perso j'y arrive pas). SON SITE PERSO: http://wandalovesyou.com