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lundi, 10 octobre 2016

La bande originale de ma love life

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Vendredi dernier, je suis sortie avec mon groupe de potes. Après avoir enchainé les bars, atterri dans une soirée chez des gens qu’on connaissait pas (si quelqu’un qui y était me lit, je suis désolée d’avoir mis la lambada à 4h du matin, c’était la faute au cubi de rosé qu’il fallait finir, sinon il n’allait plus être bon), on s’est tous réveillés le lendemain dans mon cagibi t’es puni spacieux appartement de 17m2. Et comme on avait qu’un chargeur d’Iphone pour cinq et que personne n’était assez motivé pour se taper 45 minutes de métro sans batterie, on a passé l’après-midi à faire des crêpes en écoutant des vieux trucs de quand on était ados.

Et à moins que tu aies été élevé au XVIIIe siècle sans Internet (il paraît qu’à cette époque ça n’existait pas), je suis sûre que tu sais très bien de quoi je parle.

Il faut d’ailleurs avouer que les Mandy (Moore), Brandy (elle avait un nom de famille au fait ?), 2B3, S Club 7 et autres groupes-des-chiffres-et-des-lettres ont eu une certaine propension à insuffler un vent de nostalgie sur nos carcasses alcoolisées de presque trentenaires.

Petit à petit, tout le monde y est allé de sa petite anecdote sur les premiers balbutiements de sa love life :

« J’ai dansé un slow là-dessus en touchant les fesses d’une fille pour la première fois, elle m’a giflé mais c’était quand même cool. »

« Sébastien m’avait mis ce morceau sur une compil’ CD qu’il m’avait donnée pour me draguer. »

« J’écoutais ça toutes les nuits après que Sylvia de la 3eC m’ait foutu un râteau devant tout le monde. » (tu sais pas ce que tu as perdu, Sylvia. OUAIS. HEIN.)

Chacun a fini ensuite par remettre son sweat DDP et prendre son Eastpack pour rentrer chez soi finir son DM de maths sur le théorème de Pythagore, me laissant seule sur « Tu m’oublieras » de Larusso.

Et comme c’était dimanche soir et que je n’avais pas envie de me retrouver bloquée dans la faille spatio-temporelle où ma mère choisissait mes vêtements, j’ai décidé en tant qu’adulte responsable de poursuivre sur la lancée et de faire le tour d’horizon en musique de ma love life. Au lieu de faire la vaisselle.

Avertissement au lecteur : abandonne quasiment tout espoir de piocher de nouveaux morceaux pour briller dans les dîners mondains. À quelques exceptions près, il y a de grandes chances pour que tu finisses blacklisté à passer tes samedis soirs à manger seul des raviolis à même la boite de conserve en regardant une redif des Experts à Palavas-les-Flots.

Linkin Park – Numb : passion sous les étoiles

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En seconde J’écoutais Blink 182, Sum 41, Offspring… et je m’habillais comme Avril Lavigne : grosses chaussures pour skater sur la lune (celles-ci, bande de petits curieux), baggy fesses basses pour faire dépasser mon boxer Calvin Klein tellement préféré que je lavais quelques fois le soir à la main pour pouvoir le remettre le lendemain. Avec du recul, je me rends compte que mon hygiène n’était peut-être pas évidente pour les autres.

Je portais aussi des bracelets à pics et le premier jour de la rentrée, j’avais repéré un type dans ma classe, Aurélien, qui en avait de beaucoup plus gros à ses poignets. Il avait toujours un skate à la main, même si je ne l’avais jamais vu l’utiliser autrement que pour s’asseoir dessus. Très vite, on s’est mis à échanger des bribes de conversation de haute voltige « Tu trouves pas que le prof d’histoire-géo est un peu ringard ? », mais guère plus parce qu’on avait aussi l’autre point commun d’être super timides.

J’étais assise à côté de lui en éducation civique (je remercie au passage tous les profs qui établissent leur plan de classe par ordre alphabétique) et il dessinait beaucoup en cours. Un jour, il m’a proposé de me faire un truc. À MOI. Il m’a demandé quel était mon groupe préféré – Linkin Park – qui, signe du Destin, était aussi le sien. J’ai donc eu le droit à leur logo en blanco sur la couverture de mon agenda. Il bavait un peu, comme moi sur ce mec, mais je le trouvais trop beau.

À partir de ce jour-là, tous les soirs pendant des mois, sous les étoiles phosphorescentes que j’avais collées au plafond de ma chambre, j’écoutais en boucle Numb de Linkin Park avec mon Discman et mon agenda sur ma table de chevet. J’élaborais de délicieux scénarios où il se décidait à m’embrasser (mon préféré était celui où il venait une nuit frapper à ma fenêtre au 5e étage) que je faisais ensuite s’écrouler en me disant que ça n’arriverait jamais, ce qui collait au moment où arrivait le refrain que chantait Chester Bennington, avec un désespoir aussi profond que le mien. Et effectivement, ces soap opéras sont devenus aussi réels que des épisodes d’X-Files. Désolée si tu es branché théorie du complot ou raëlien.

Au lieu d’essayer de lui parler (trop la te-hon), je me suis dit que ça serait plus stratégique de copiner avec son meilleur ami, qui ne m’intéressait pas du tout mais qui avait l’avantage d’aligner plus de deux mots à chaque réplique. Au bout de quelques mois, on est devenu très proches et à la dernière fête avant de se séparer pour l’été, j’ai fait ma première fois avec lui. On n’était pas amoureux mais je n’ai jamais regretté et c’est toujours un super pote. À la rentrée j’ai appris qu’Aurélien avait changé de lycée. Bizarrement, je ne me suis pas écroulée, j’ai juste arrêté d’écouter Linkin Park.

Mistral Gagnant – Renaud : L’imposture du premier amour

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En terminal un jour où j’étais dans la cour du lycée en train de vaguement crapoter (oui on avait encore le droit de fumer là, jadis), je l’ai aperçu à l’autre bout du bâtiment. LUI. Avec ses boucles brunes, super grand et en train de rigoler à une blague que j’aurais certainement pu faire. Après un trimestre à le regarder et bien décidée à ne pas faire la même erreur qu’avec Aurélien, j’ai fini par lui parler. On a eu une super discussion de 2 minutes sur Gladiator en se disant à quel point c’était un film génial et super intéressant au niveau historique. Devant tant de points communs, je suis tombée follement amoureuse.

Quelques semaines plus tard, il m’embrassait dans l’endroit le plus romantique de ma ville, dans une ruelle à l’arrière d’un Monoprix entre deux poubelles.

Trois mois après, je vivais l’instant le plus magique de ma vie de post-ado sur un banc en vacances en face d’un étang. Nous partagions ses écouteurs, et là, sur Mistral gagnant, il m’a avoué qu’il m’aimait et que cette chanson était désormais la notre. Rotation de camera, vent dans les cheveux dans les yeux et ralenti. MON PREMIER AMOUR RÉCIPROQUE.

Au bout de 6 mois, je me retrouvai plaquée par téléphone alors qu’il habitait à deux rues de chez moi.

Un peu plus tard après m’être réveillée d’un coma d’épisodes de Grey’s Anatomy et de larmes séchées au papier wc premier prix, je suis tombée sur une vague connaissance a une fête. Il s’est avéré qu’elle était sortie avec ce mec un peu avant moi. Elle m’a dit en rigolant qu’il lui avait aussi brisé le cœur mais qu’au moins elle n’avait plus à écouter Mistral Gagnant chaque fois qu’ils n’avaient plus rien à se dire, parce que tu comprends, c’était leur chanson.

The Velvet Underground – Venus in Furs : sexyness moins que zéro

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À 11 ans déjà, je connaissais par cœur les paroles des chansons du Gun Club et j’avais des posters de Joy Division dans ma chambre. Nan, je déconne. J’écoutais Britbrit et j’avais collé des photos de Taylor (c’était le plus beau of course) des Hanson dans mon agenda à tous les dimanches.

C’est un de mes exs qui a élargi mes horizons musicaux, quand j’étais en première année de fac. Alban avait les cheveux savamment décoiffés, un anneau à une oreille, un perfecto, des Converses trouées et tout le temps un livre dans sa poche. Alban connaissait plein de groupes de musique donc j’ignorais totalement l’existence. C’était aussi le genre de mec qui se faisait accoster dans la rue par des meufs. Alors qu’on marchait ensemble. HÉ LES PÉTASSES, C’ÉTAIT NOTRE PREMIER RENCARD ET J’ÉTAIS PAS SA COUSINE, OK ?

Du coup mes 5 kilos de burgers en trop et mes best of de Michael Jackson n’en menaient pas large.

Il me plaisait vraiment beaucoup et j’ai donc passé des soirées (et des heures de cours) à trainer sur My Space, Wikipédia et Youtube. Je suis devenue incollable sur la prog de Woodstock, le CBGB Club, Manchester période Hacienda et les groupes avec des noms d’animaux choupis : Caribou, Deerhunter, Grizzly Bear…) et heureusement, j’ai grave kiffé ma mère. Je sais pas ce qu’il se serait passé s’il avait écouté du reggae.

Bref, un soir on s’est croisés par hasard et il m’a invité dans sa chambre d’étudiant. Alors que j’étais en train de parler avec passion d’Elliott Smith et de comme c’était trop triste qu’il soit mort en me prenant un peu trop au sérieux, il m’a ENFIN embrassée.

On a donc commencé à se déshabiller. On écoutait les Velvet Underground et à ce moment-là, Venus in Furs, un des morceaux les plus érotiques du monde selon moi, a démarré. J’ai commencé à me mettre un gros coup de pression car au même moment je me suis rappelée de ma petite culotte : trop petite, vert pomme et avec des hamsters dessus (ben oui flemme de faire la lessive et il ne restait plus que celle-là, qu’une amie m’avait offert pour mes 18 ans). J’aurais été plus en phase avec une chanson du Club Dorothée.

Et alors qu’on enlevait laborieusement nos slims, on s’est regardés et on a explosé de rire : lui portait un truc infâme avec des farfadets dessus, qu’on lui avait donné en cadeau de départ quand il était en Irlande et qui ressemblait à peu près à ça.

Par la suite, on est resté deux ans ensemble. Il y a quelques temps, on s’est retrouvés sur Facebook : il poste des vidéos de Booba et s’est engagé dans l’armée. Et moi je me marre doucement à chaque fois que j’entends Venus in Furs.

Chris Cohen – Monad : La walk of no shame

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Je voyais de temps en temps un garçon depuis quelques semaines. On s’entendait bien, on avait des amis en commun… Bref, je savais pas où ça allait et j’y réfléchissais pas trop mais pour l’instant, les planètes du cool étaient alignées.

Et puis on est allés à cette fête super au fin fond de la ville. J’aurais dû me rendre compte que j’étais vraiment bourrée au moment où j’ai renversé mon verre de sangria sur mes Vans beiges. J’aurais dû aussi m’apercevoir que c’était mal barré avec ce mec quand j’ai vu qu’il m’évitait depuis le début de la soirée et qu’il parlait à une jolie fille en mini short fluo en lui touchant l’épaule. Mais non, faut croire que j’avais aussi de la sangria plein les yeux.

N’écoutant que mon taux d’alcoolémie, je suis donc allée essayer de le galocher. On s’est retrouvés devant les toilettes avec des gens derrière nous qui eux faisaient la queue pour de vrai mais n’osaient pas nous interrompre, se contentant de nous détester en silence. J’ai un trou noir au milieu mais je me souviens qu’il me disait qu’en ce moment c’était « compliqué pour lui avec les filles » aka dégage, quoi.

Il était donc 5h du matin, j’étais couverte de paillettes, saoule, dépitée et fatiguée, une vraie queen de la night quoi. Big up Régine.

Heureusement un ami m’a vue et a compris. On est partis, il m’a acheté une bouteille d’eau, m’a ramenée chez lui et on a passé la fin de la nuit à discuter sur son canapé en écoutant de la musique et en fumant des clopes. Le lendemain, il m’a préparé le petit dej avec le trio gagnant pizza-café-doliprane.

Je pense que ce pote m’a sauvée d’un suicide social certain, fait de diarrhées de textos et de sanglots exagérés par l’alcool dans un endroit tranquille-ah-non-en-fait-tout-le-monde-me-voit-merde-mes-chaussures-sont-niquées.

Le lendemain, je suis rentrée chez moi le cœur léger, en marchant au soleil en écoutant Monad de Chris Cohen, en me disant que quand même, j’avais passé une chouette soirée. Merci mec.

Robyn – Dancing on my Own : le tremplin de fin de soirée

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Je ne crois pas avoir jamais écouté ce morceau sobre. En tout cas, il n’est associé à aucun mec en particulier, plutôt à toutes les petites vexations de soirées pas graves mais qui font un peu chier quand même.

Il est l’after du texto aviné envoyé à une heure du matin à ton plan cul « questce que tu faiz, on se retrouv che toi ? » et qui à quatre heures est encore sans réponse alors que toi tu l’attends toujours, accrochée à ta troisième dernière bière pendant que tous tes potes te tannent pour rentrer. Il fonctionne aussi quand le soir où tu te décides enfin à aller parler au mec mignon et discret que tu croises souvent du regard à des concerts et ben il y a Nina avec sa queue de cheval parfaite, son chemisier repassé assorti à ses chaussures et son trait d’eyes liner qui ne tremble pas, accrochée à son bras.

C’est de la musique que tu écoutes en dansant seule chez toi debout sur ton canapé après être rentrée de soirées comme celles-ci, les volets fermés pour éviter d’être filmée par les voisins d’en face et finir sur la page Pute de Brain Magazine.

Et plutôt que de bifurquer sur les dangereux Hometown Glory d ‘Adèle, Youth de Daughter ou Fake Plastic Tree de Radiohead en te roulant en boule tout habillée dans ton lit, il permet d’enchainer avec des morceaux qui mettent un peu plus la pêche comme Bad Girl de Lee Moses, Heartbeats de the Knife (attention à ne pas te planter en mettant la version de José Gonzalez qui aura l’effet inverse) et qui t’éviteront au réveil de te trouver stupide de t’être transformée en Drama Queen la veille en laissant des messages sur le répondeur de tes copines « jvai finir seule meuf, c koi mon problems » pour un truc qui n’en valait pas la peine.

Kaoma – La lambada : l’inconnu

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À la fête de l’autre soir, j’ai rencontré un mec qui est venu me parler quand j’ai mis la lambada et j’ai un rencart avec lui cette semaine. J’espère qu’il aime aussi la Compagnie Créole.

Roca Balboa

Bricole Gueurle officielle de la Team Retard
Roca Balboa est née en 1990 et aimerait bien réadopter des rats. Amie d'Anna, la première fois qu'on l'a rencontrée on a vu un petit chaton tout mignon. Puis, en mangeant un kebab sur un banc, on a constaté la bouche pleine d'une viande qu'on connaissait pas qu'elle avait la gouaille la plus hardcore qu'on connaisse. Et un putain de talent pour le dessin. SON SITE PERSO : http://rocabalboa.com/