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jeudi, 18 avril 2013

LA MEUDE PAR UNE RADASSE À PRINCIPES

Par
illustration

Je ne me rendais pas vraiment compte que je m’habillais comme une pauvre merde avant de débuter dans le monde merveilleux du travail. J’ai constaté cet horrible fait quand j’ai intégré les bureaux d’une rédac mode. Je travaille PARMI cette rédaction hein, je n’en fais pas partie. 

Bien qu’adorant discuter garçons et cuisson de légumes avec ces filles toujours cools et bien coiffées pendant la pause déjeuner, force est de constater qu’on fait souvent face à des incompréhensions qui rendent certaines discussions délicates. Quelques exemples.

- Les Soldes (j’en ai rien à foutre)
- Les Ventes Presse (rien à foutre)
- Les tâches et les trous (toujours rien à foutre)
- Les tendances du moment (hahaha ! Je crois QUE J’EN AI RIEN À FOUTRE)
- La longueur de mes jupes (ouais, ok pour ce point, elles sont carrément trop courtes)

Forte de ce constat, je me suis dit qu’en tant que minorité, j’avais surement tort (bravo l’éducation Marine) et que je devais rentrer dans le moule. Je me suis battue contre mes envies, et j’ai essayé d’apparaitre plus propre au bureau. Rien à faire. Ya toujours un truc qui cloche et qui rend ma tenue drôle et bien cheaposse. L’association de mon t-shirt Britney Spears avec ma jupe de secrétaire cochonne, ou le port de mon pull or avec sa broderie “Morue” dans le dos qu’Anna m’a offert pour mon anniversaire (Ouais mec, c’est le cadeau le plus cool du monde) pour l’entretien avec la nouvelle stagiaire.

J’en ai donc conclu que c’était ma destinée d’avoir l’air d’une clodo-lol. C’est dommage hein, je ne serais jamais classe, mais ça m’a permis de matérialiser physiquement ce que les blogs mode appellent “mon style personnel à ne pas trahir”. Pour ma part, cela consiste à porter des trucs moches qui ne vont pas ensemble et qui font bien marrer les gens.

REPRIZENTE.

Mon point fort, n’empêche, c’est que je m’en sors pas trop mal pour une énorme radasse. Je refuse en effet depuis que je suis indépendante financièrement de mettre plus de 20 euros dans une fringue que je n’aimerai plus d’ici deux ans. Et aussi de claquer de la thune dans des fringues neuves faites en sous sol par des petits enfants du quart-monde à moitié malades. Ouais, allez-vous faire foutre HM, petites boutiques chinoises et Zara, j’ai des principes.

Alors, parce que je fais (parfois hein, c’est pas tous les matins) des jalouses à mon taf en disant le prix de mes fringues ( quoi cette robe ? DEUX EUROS, pas chère la vie en polyester), j’ai décidé de consacrer un article à ce truc que je considère comme une fierté. Je vous file tous mes bons plans pour être habillée comme un cul, certes, mais un cul qui a du style (un peu comme celui de Jennifer Lopesse).

Toutes ces petites astuces sont classées en fonction de leur pourcentage dans ma garde robe actuelle.

BIENVENUE DANS LE MONDE DE L’HABIT PRESQUE GRATUIT.

 1-LA FAMILLE

Ma maman, surement comme la tienne, est une fétichiste du beau vêtement bien coupé, et cela depuis des années. Alors qu’elle prend actuellement une dérive « cop-copine » (allez la jupe assymétrique, allez les matières zarbi) que je n’arrive pas à freiner, je me dis que ce n’est ptet pas plus mal. J’en profite ainsi pour récupérer, à chaque fois que je passe quelques jours chez mes parents, toutes les fringues qu’elle ne veut plus mettre mais qu’elle conserve, souvenir d’une époque révolue où elle s’autorisait plus de trucs vestimentaires. Ca ne l’empeche pas néanmoins d’avoir les cheveux oranges. Ma mère est plus cool que la tienne, mais on y reviendra. 

Au palmarès ? Mon/Son manteau d’hiver surdimensionné en mohair violet que je pouvais pas blairer quand j’avais 13 ans -nanmaissérieuxlemetspaspourlaréunionparentsprofc’estlahonte-, plusieurs jupes crayons à mettre avec de gros pulls, et des t-shirts basiques noirs tous simples. Il suffit de lui dire que je lui « emprunte juste parce que j’ai rien à me mettre”, et tout fonctionne comme sur des roulettes. On sait néanmoins toutes les deux que c’est un mensonge. Cinq ans que j’ai sa jupe noire qui m’aplatit le ventre et me fait un cul d’enfer. Hahaha. JE NE LUI RENDRAIS JAMAIS. 

(ndlr : cet échange familial ne marche pas avec les sœurs, surtout plus jeunes. Eloïse, 18 ans, refuse de me prêter ses fringues sans échange/signature d’un bon pour accord/caution si dommage du vêtement/promesse de lui filer mon rein si un jour elle en a besoin. Du coup, quand j’ai de belles fringues qui pourraient lui aller, JE LES FILE A QUELQU’UN D’AUTRE HÉHÉHÉHÉ) 

2- LES COPINES

Je suis vraiment super sympa comme fille. Je t’aide pour tes déménagements, je débarque tôt le matin avec du thé et des petits gateaux pour ce que tu appelles “mettre de l’ordre dans ta vie”, armée de mes gros sacs poubelles et d’une détermination sans pareil. Ne crois pas que cela soit pour toi. J’en profite aussi pour faire discrètement le tour des trucs que tu ne veux plus porter et me les mettre de côté. Comme preuve ma tenue d’aujourd’hui. J’ai le short que ma copine Chloé a fait avec son jean Monica Cruz de chez Mango et dont elle ne voulait plus (vide placard 2009 je crois), et les pompes fourrées Spring Court toutes neuves que ma correspondante Florence refuse de mettre parce qu’elle les trouve trop serrées.  

Ouais, tout ça gratos.  

Attention néanmoins à ne pas se faire avoir. Ne filez JAMAIS de coup de main à des potes qui ne font ni la même taille ni la même pointure que vous. Temps perdu les meufs. Et on évoque même pas des filles qui ont des gouts de merde : sans déconner, ça sert à RIEN même de trainer avec elles (à moins que tu joues la carte de la copine Boudin et ça c’est pas super sympa).

 3- Les FRIPES

Ne me parlez pas d’Hippie Market ou de Kiliwatch. Je débourse pas 30 boules pour des fringues moches qui n’ont que le mérite d’être propres. Je te parle moi des vraies, des sales, de Guerrisol, d’Emmaus, des brocantes dans les petites rues et de toutes ces conneries.  

Tout d’abord amie lectrice, sache que tout ça, c’est vraiment mieux en Province. Alors, au lieu de te coltiner la visite des confiseurs du coin, tu notes toutes celles que tu peux trouver sur ton lieu de villégiature. J’ai ainsi un super circuit Alpes-Maritimes quand je vais chez mes parents (Mouans-Sartoux 1, Grasse 3, une à Vence pas super mais des fois on a de la chance), et une très chouette à Limoges que je fréquentais à chaque visite à ma grand-mère (gros bisou Mamie, tu me manques beaucoup 3). 

Les fripes, C’EST LA GUERRE. Avec les nerfs, avec la saleté, avec les autres qui t’empêchent de regarder le portant en entier. 14-18 avec des tranchées qui sentent la naphtaline et comme munition des T-shirts moches achetés chez Gémo. Je sais. Ca en a abattu plus d’une. Mais si tu abandonnes au bout de 10 minutes, les autres te jugent, tu sais. Tu n’es qu’une naze, une ratée, une mauviette faite pour subir le centre commercial des Halles le premier samedi après-midi des soldes. Une MERDE. La petite perle, et les vraies savent, se trouve toujours sous un énorme tas de bouse, et il faut chercher, piocher, fouiner, et voir d’un coup d’oeil si ca peut t’aller ou pas. Faut s’entrainer, et, surtout, le plus dur dans ces endroits qui arrivent à sentir la vieille sans les vieilles, essayer. Alors on ferme les yeux, on garde son t-shirt pour pas choper la gale et on passe par dessus pour voir si ça va. Et oui, c’est pas parce que c’est pas cher qu’on est obligé de ramener des trucs dégueu chez soi. On le fait déjà bien trop souvent pour les garçons, hinhinhin. 

Les points forts de ces adresses ? Les pulls moches, les chemises, les tshirts et les manteaux. Pour tout ce qui est bas, bon courage. Les stocks sentent actuellement la tendance 2002, et PERSONNE ne veut remettre des jupes mi-longues en jean avec une rose brodée sur le côté. Enfin pour l’instant hein. On sait jamais.

(Bonnes adresses : Les 2 Guerrida qui viennent d’ouvrir Metro Chateau Rouge, celui d’Anvers et de Place de Clichy même si le vendeur au beret est le pire des nazes, les vide-greniers en bas de chez toi, le Emmaus de Jacques Bonsergent (celui du 104 est passé du côté de la hype relou sans prévenir), Puto Amor, une copine de copine qui fait des fripes un peu plus chéros (genre 10 boules la robe) mais punaise, c’est beau, Momo le Moins Cher à Gare de l’Est, celui de Menilmontant est un peu ABOUZÉ sur les prix, Neptune à Montreuil, et mon préféré, le Emmaus de Pantin, juste à côté de notre studio de répet, on on trouve des chemises Cacharel à 4 euros.)  

4-LES POUBELLES

Pas de honte. On est entre nous. Quand j’ai dit aux filles de la rédac mode que mon petit pull trop choupi blanc avec des chaines venait des poubelles, j’ai cru qu’elles allaient gerber. Par contre, quand j’ai placé dans la conversation que c’était un Céline (TRUE STORY), plus personne n’en avait rien à foutre de sa provenance. Ouvrir l’oeil, c’est aussi important pour les fringues que de surveiller son frère de 14 ans dans une soirée miss t-shirt mouillé. Donc, dès qu’on voit un tas (et sans déconner, c’est pas forcément sale, c’est aussi les filles qui déménagent et qui ont un gros poil dans la main pour déposer tout dans ça dans des bennes prévues à cet effet), on fouille et on LAVE. Voilà. Depuis cette petite histoire bien sympa j’ai flingué mon pull parce qu’il ne fallait pas le laver a 40 degrés, mais je m’en fous. Dès que je le vois, j’entends “TU ES VRAIMENT PRÊTE À TOUT MARINE”. Et j’aime ça.  

Dernière Astuce pour les radasses bricoleuses :

-RÉPARER. On met des pièces sur son jean à l’entrejambe quand on veut vraiment pas le jeter, on le transforme en mini short, on met un joli écusson sur un trou ou une tache, on peint son blouson rose ultra cheum et on met “morue” dessus (hihihi ça me fait toujours marrer ce mot), on raccourcit les robes ringardes de Mamie pour en faire des robes salopes et ringardes de Mamie. Une fringue tant qu’elle ne tombe pas en lambeaux peut être mise. NEVER FORGET. 

(ndlr : Attention à ma définition vision du lambeau. Je continue à mettre le manteau de ma grand-mère, Un « Damart » dorénavant difforme en pied de poule, alors que quand je mets mes clés dans ma poche elles tombent par terre. Double trou poche + doublure. Oui, moi aussi parfois je me fais pitié. 

Mais je peux partir en vacances et pas toi.) 

HAHAHA ALLEZ SALUT LES NAZES, ET BON SHOPPING.

Marine

Leader Autoritaire
Marine est née en 1986 et vit avec un petit chien trop mignon. Après avoir joué avec des groupes de filles ultra classes d'après les autres membres (Pussy Patrol/Secretariat/Mercredi Equitation), elle gagne sa vie en écrivant sur des sujets cools et se la pète déjà un peu. Ca ne l'empêche pas de traîner en pijama dégueulasse le dimanche en essayant de twerker mal sur du William Sheller. L'AMOUR PROPRE C'EST DÉMODÉ OKAY.

Lomé Lu

Illustratrice
Lomé Lu a 24 ans et un porte clé doré, souvenir de CHINAGORA. Cette jeune illustratrice (tellement jeune, putain) vit actuellement à mi-temps dans un squat, et est aussi tatoueuse. Demande à Ophélie, qui a dorénavant grâce à Lomé un ptit vélo sur les côtes. En attendant d'avoir une maison avec des passages secrets qui mènent aux rayons des magasins Tang Frères, elle fait de la sérigraphie qui surbute et des petits mickeys (et des GIFS putaain) qu'on aime beaucoup chez Retard. Ha, Jeunesse, comme tu es fascinante. Son site : lome-iench77.tumblr.com