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jeudi, 15 janvier 2015

LE DESIGN ET SES DÉRIVES (1/2)

Par
illustration

Oubliez tout ce qu’on vous a dit sur le design, ou peut-être tout ce que vous pensez. Je ne veux plus entendre « j’ai acheté une chaise super design », dites « j’ai acheté une chaise ikea cool » et comme ça on en parle plus. Le design ce n’est pas Starck ! Votre Freebox est moche, au passage…
Tout est design. Ton balai à chiotte, ton cadeau kinder surprise, ta semelle de chaussure, ton radiateur décrépit et même tes tampons.

Je ne vais pas vous conter l’histoire du design, (quoique) ni vous donner une définition, mais je peux vous dire ce que le design peut être et devrait être à vos yeux. Cette histoire, voyez-la comme une journée, presque banale.

BAD DREAM

Tu cours aussi vite que tu peux mais tu vas si doucement, tes jambes sont en mousse, ton corps est complètement endolori mais quelque chose, quelqu’un te poursuit, cette chose est sur le point de t’attraper quand soudain tu te réveilles. Haletant, nauséeux, suant comme un porc. Mais c’est quoi bordel ce machin qui me poursuit !?

Selon les “experts des rêves” ou appelez ça comme vous le voulez, ce serait l’anxiété. La magie des rêves. Quand ils font ressortir tout les trucs que t’as bien refoulé pendant la journée. Zéro répit, pas même la nuit… Le monde n’est pas très joli à regarder. (j’ai écrit cet article avant le drame Charlie Hebdo, j’espérais que 2015…. enfin tu vois)

Bref, 2014 a été plus qu’horrible. L’année de la débandade avec les crises existentielles des pro-russes en Ukraine, l’Etat Islamique qui se lâche un peu partout, l’été insupportable entre Israel et Gaza, ainsi que Ferguson, Ebola et autres pour résumer très très largement. Ah, et avec les trous du cul qui saccagent l’Art en France! Qui n’acceptent pas un plug anal comme arbre de noël et les autres qui disent « mais qu’est ce qu’on va dire à nos enfants ? » Nan mais les gars, vos enfants, il ne savent pas ce qu’est un plug anal. Même pas moi ! 

Notre vision de l’Art, du design a muté pour devenir une réponse à un goût fade, sans réflexion pour l’un, et matérialiste et superficiel pour l’autre. Mais d’où vient ce manque de critique raisonnée, de débat enflammé mais sans destruction. Le monde du design dérape, fait des slaloms à travers l’Histoire.

 Comment en est-on arrivé là ? Alors que déjà dans les années 30 le Bauhaus essayait de marier art et ingénierie pour répondre aux réels besoins humains.(1) Ce que Bruno Munari confiait dans son livre Design as Art en 1996 est toujours d’actualité : le designer slash star est un concept à gerber. Tout le monde connait Philippe Starck comme le designer français suprême / phénomène, mais qui pour moi a gadgetifié le réel objectif du design. Son Juicy Salif en est le parfait exemple. Inutilisable, cher…. mais c’est joli sur l’ étagère de ma cuisine. Quand je pense à tous ces designers sorti du Bauhaus et dont le mobilier est vendu une fortune au nom de l’Histoire, ça me mine un peu. La sacralisation du design aujourd’hui me donne la nausée. Je ne peux même plus acheter un magazine sans que cet air pompeux me viole les yeux.

On peut aussi en vouloir à ce qu’on appelle la 3e révolution industrielle.

D’ailleurs Jacques Tati, Boris Vian nous ont bien fait comprendre ces changements…

La complainte du progrès de Vian. Je voulais mettre un petit extrait, j’ai choisit ses meilleurs produits.

Autrefois pour faire sa cour
On parlait d’amour
Pour mieux prouver son ardeur
On offrait son cœur
Maintenant c’est plus pareil
Ça change, ça change
Pour séduire le cher ange
On lui glisse à l’oreille
- Ah, Gudule!
Viens m’embrasser
Et je te donnerai
Un frigidaire
Un atomixaire … 
Des draps qui chauffent 
Un pistolet à gaufres
Mon repasse-limaces 
Mon tabouret à glace 
Le ratatine-ordures 
Et le coupe-friture
Au canon à patates 
A l’éventre-tomates 
A l’écorche-poulet

Un petit film pour General Motors Motorama en 1956. Montrant « the futuristic dream cars and Frigidaire’s « Kitchen of the Futur »

Design for Dreaming (ft. "Kitchen of the Future")

RETARD → Magazine - Design for Dreaming (ft.

Depuis, les technologies se sont imposées et nous vivons à travers elles sans vraiment se soucier des conséquences. On verra plus tard ! Mais heureusement certains artistes comme Dries Verhoeven ou Rafael Lozano-Hemmer utilisent les new media dans un sens social, critique et engagé.

Peut-être avez-vous entendu parlé de Dries récemment. Il a crée une installation : une maison vitrine. Il y a installé une table et le couvert. Il y est installé et discute avec des gars sur Grinder, essayant de les inviter à sa table. Les messages sont rendus public, affichés sur grands écrans.

Rafael lui, donne la possibilité aux habitants de Mexico de s’exprimer à travers un mégaphone sur un sujet oublié ou tabou, le massacre d’étudiants en 1968, une affaire très vite étouffée. Le mégaphone est relié à un projecteur et suit le rythme de la voix en rendant visible la fréquence des prises de parole.

Mais restons négatif, ça nous évitera de procrastiner… Aujourd’hui designers et amateurs créent des objets, des outils et systèmes pour pouvoir faire cohabiter homme, nature et connerie humaine. Par exemple au Japon ils ont créé pour les écoliers des capuches de secours en cas d’attaque au sarin ou fuites de gaz toxiques. D’autres sont rembourrées et ignifuges en cas de feu ou tremblement de terre. On peut aussi faire référence aux soupes noodle lyophilisées… manger plus vite pour reprendre le travail au plus tôt. Malheureusement, ces solutions font face aux problèmes par le mauvais bout, sans vraiment remettre en question le système de nos sociétés.

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Pendant que le design social essaie de (pré)voir le futur comme une utopie, la réalité se rapproche malheureusement d’une dystopie. Je ne crois en aucune utopie mais plutôt à la création de nouvelles situations / fictions qui pourraient devenir réalité. J’avoue que mes influences Situationistes sont dominantes mais c’est ma seule arme pour que vous vous projetiez dans un avenir positif et/ou plus réfléchit.

Si vous avez vu Wall-e des studio Pixar, (je régresse, je sais) on est carrément dans une fiction proche de notre réalité. J’ai peur d’une boulimie dans la consommation et dans l’usage des technologies. (3) Une société d’obèses morbides assis dans de gros fauteuils sur des rails numériques avec, devant la gueule, des écrans holographiques pour pouvoir travailler H24 et commander de la junk food prémâchée, à boire à la paille… tout ça entouré de panneaux publicitaires, de robot de sécurité et comme attendu, aucune interaction sociale et aucune empathie envers son voisin.(4) Comme Munari le définie, le rôle d’un designer est de « re-établir le lien entre art et le public, puisqu’il a l’humilité et le pouvoir de répondre à toutes requêtes faite par et pour la société dans laquelle il vit(…). »(1)

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Depuis les années 60, la recherche de plus de liberté, ainsi que le désir d’émancipation, d’individualisation est devenu le tout puissant principe de notre société. Seulement, nous sommes perdus dans l’immensité de notre solitude, sans croyances auxquelles se raccrocher et sur lesquelles se reposer. On remerciera Facebook qui remplit pas mal notre journée/soirée.

WAKE UP !

Des thérapies du bonheur, des ateliers du rire, la méditation et même le yoga sont perçues comme des pratiques bizarres (pour ne pas dire de babos) mais elles poussent de partout et ont été démocratisées. Les gens veulent se « recentrer sur eux-même », trouver leur « essence réelle » et écouter leur véritable moi, besoins ou je ne sais quoi. Bref, comme le dit si bien Thierry Keller, journaliste pour Usbek Rica, « Nous étions Cartésiens, positivistes et matérialistes. Nous sommes devenus méfiants » (5) Le peuple (si je puis dire) n’a plus confiance en sa société et donc dirige son intérêt sur des sujets éthiques, religieux et spirituels. Dans cette conquête de soi, les gens essaient d’être plus conscient de la réalité et des décisions de vie. (pourquoi se casser le cul derrière un bureau pour un travail que j’peux pas blairer alors que je peux me suicider là maintenant ou changer de vie ?). À mon avis, il est assez urgent de se débarrasser de cet esprit individuel et de se rendre compte que nous faisons partie dans ensemble plus grand. (sans tomber dans une secte ou dans un système communiste acharné bien entendu).

Pour arriver à une évolution réelle, les designers doivent prendre leurs responsabilités et répondre de façon pertinente aux besoins intrinsèques humains (je vous laisse choisir lesquels). Mais on ne peut pas trop en vouloir à ces designers de bibelots, qui remplissent de joie notre désir matérialiste au lieu d’essayer de répondre à nos besoins humains économiques, psychologiques, spirituels, technologiques, et intellectuels (…)”. (Victor Papanek). 

Depuis les années 1960, (oui encore elles) le développement des technologies a ouvert la voie à deux perspectives différentes ; l’une vient résoudre des problèmes spécifiques de façon appropriée et l’autre produit, génère des trucs (palpables ou pas) sans se soucier des conséquences. Les lois du marché dirigent indirectement nos actions et nous amènent à nous associer ou différencier les uns des autres par l’acquisition de certains biens. Se sentir bien après l’achat d’un t-shirt à 25€, c’est un peu ce qui remplace mon manque d’accomplissement personnel. (6)

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C’est cheesy à dire en français et je m’en excuse. Le système de notre société occidentale délaisse impunément certaines « catégories » de personnes, paradoxalement dans sa conquête vers la globalisation. Seulement, comment une société peut-elle fonctionner si elle ne se considère pas elle-même comme une communauté ? Pourquoi les minorités persistent ? Et comment éviter leur marginalisation (victimisation, parfois utilisées à outrance par la communauté) ? On ne peut pas ignorer que nous avons besoins des Autres. On est tous connectés maintenant. Ne pas soutenir des minorités c’est une peu comme donner le bâton pour se faire battre. Designer les outils pour la génération Y et Z c’est un peu assurer notre futur que ce soit dans notre pays ou non.

Haaaa sacrée société de consommation, tu dictes ma vie. Tu pourras toujours dire « trop pas meuf » mais j’ai envie de te dire que si. Ton ordi, ta machine à café filtre, ton frigo… je leur donne max six ans. Il faut bien que les entreprises renouvellent leur collections, puis il faut bien qu’elles survivent, qu’elles se battent contre la concurrence. Dans le meilleur des cas, au lieu de t’inventer un nouveau besoin, elles te vendent un produit avec de vraies innovations pleins de boutons tactiles. Aujourd’hui le Design c’est plus créer de « jolies » formes que de trouver des alternatives à nos habitudes fripées.

En parlant de mauvaises habitudes, il y a Project M qui a initié un laboratoire de recherche appelé « Think Wrong » (7). À travers cette plateforme collaborative, designers créent des projets à dimension sociale, comme « The Common Hoops Projects » où de jeunes designers et des gamins d’une cité construisent leur propre panier de basket. Au premier abord ce projet peut paraître un peu boiteux mais c’est plus une excuse pour rassembler des jeunes et créer quelque chose ensemble, c’est développer leur débrouillardise et réanimer des endroits laissés à l’abandon (un potentiel terrain de volley-ball quoi).

“I can’t understand

why people are

frightened of new

ideas. I’m frightened

of the old ones.”

-John Cage

Alors, pardonnons au passé et move on.

POOPING TIME!

L’organisme de service social Sulabh International a installé plusieurs toilettes publiques à travers l’Inde pour collecter les excréments et les convertir en bioenergie. Le caca-énergie est utilisé pour l’électricité, pour cuisiner…. Mais l’Inde n’est pas le seul pays à utiliser ces matières premières. Tokyo a eu la brillante idée de fabriquer des briques avec les eaux usées, pour la modique somme de 6$US en 2001.(2) Ça peut être du design social…

Au prochain épisode, on parlera de différentes formes de design : social – participatif – protest – slow – durable – meta – co – eco design et design criticism tous connectés avec le design activiste. Ainsi que du DIY, des amateurs, des hackers et de ces fameuses machines 3D printing.

Références:

[1] Design as Art by Bruno Munari (1966)

[2] 1000 extra ordinary objects, Colors Taschen (2001)

[3] Http://en.wikipedia.org/wiki/Dystopia

[4] Http://www.youtube.com/watch?v=h1BQPV-iCkU

[5] Usbek and Rica magazine, Issue 4 Les Nouveaux Gourous

[6] Design for the Real World by Victor Papanek

[7] Http://www.bielenberg.com/images/ProjectM2006.pdf

[8] Http://www.projectmlab.com/Project-M

Elsa

Elsa a 27 ans et a les chaussures roses de Barbie. Ex-batteuse de groupes de filles plutôt ultra classes ( Fury Furyzz et Mercredi Equitation), elle est plutôt agile de ses mains (hinhinhin). Elle vit maintenant à Bruxelles où elle est apparemment Interaction designer. Mais on ne sait pas ce que ça veut dire... Sinon, c'est aussi la meuf la plus gentille et choups du monde. Sauf si tu fais la chier, elle te tapera parce qu'elle aime bien avoir des bleus aux mains. Passions: le niqab, le caca et les paillettes.

Avalon

Avalon est née en 1994 et roule pas encore très bien sur des patins venus tout droit des années 90. Actuellement aux Beaux-Arts de Toulouse, la jeune illustratrice rêve de vivre de ses chouettes petits Mickeys, de faire bouger ses boobs en rythme (genre comme Shakira ? Tu me dis si je me trompe Avalon), et de faire tout ça en buvant des Bubble Teas. Je sais pas si c'est possible d'ailleurs de faire blobloter ses pecs avec un thé au Tapioca. Ça me donne envie d'essayer.