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mercredi, 18 avril 2012

LE FAIRE AVEC UN ARTISTE

Par

Il était 4h du mat, j’étais dans un bar où la fumée de cigarettes m’attaquait la gorge et me piquait les yeux. Comme j’avais plus d’alcool dans les veines que de sang, ma tête commençait à sévèrement tourner, j’ai alors pris mon courage à deux pieds afin de pouvoir m’asseoir. J’enjambe 2-3 personnes pour arriver enfin à ce délicieux et moelleux divan qui me faisait de l’œil depuis quelques secondes, minutes ou peut-être heures.

Je reprends mes esprits, et découvre que sur ce divan, je ne suis pas seule.
« - Salut

- Heu Salut

- Elsa

- Géraud » (qui est en fait le pote d’un pote d’Ophélie)

Quelques banalités et blablabla plus ou moins inutiles s’enchaînent.. Puis bien entendu la question fatidique tombe.

« - Tu fais quoi dans la vie ?

- Je prépare des écoles de design industriel… et toi ?

- Je suis artiste 

- Ah…

- Je te passe ma carte si tu veux

- Ok, vas-y. Hum » 

Le lendemain soir, rebelote, nous nous revoyons dans le bar du pote d’Ophélie. Il revient justement d’une entrevue pour une possible future exposition et a donc ses travaux / œuvres avec lui. Je me frotte les mains, partagée entre l’envie de voir un travail nul à chier (opinion personnelle n’en doutez pas) et de découvrir quelque chose de bien.

Il sort son lutin A3 et chaque page tournée me fait sentir de plus en plus ridicule et admirative. Chacun ses goûts, mais j’espère que ça vous plaira!   

**Interview de Géraud Soulhiol traduite du toulousain et retranscrite pour vos beaux yeux **

Je peux t’appeler Gégé ? On est presque intime maintenant.

J’aime pas trop Gégé. Mais tu peux m’appeler Géraud si tu veux, c’est un vieux prénom du Cantal.

(bon, c’était ma question pour détendre l’atmosphère mais ça n’a pas du tout marché)  

Tu dessinais petit ?

Oui. Pendant les week-ends ou les vacances, j’allais chez mon meilleur ami qui n’habitait pas dans la même ville que moi.  On jouait dans les bois derrière chez lui ; on appelait ça « La Forêt ». Les jours de pluie ou le soir c’était activité dessin et ça venait substituer à ces jeux de guerre et de bataille extérieure. Nos dessins étaient une sorte de  prolongation de nos jeux.

Tu dessinais avec lui ?

Oui, ensemble, on prenait du papier accordéon, plein de feutres et l’on dessinait des batailles dans le couloir. On choisissait  un thème, chacun dessinait son armée, parfois les cow-boys affrontaient les Indiens, d’autres fois des militaires, ou les Romains se battaient contre les Égyptiens.  

Qui est ce qui gagnait généralement ?

Il était beaucoup plus appliqué que moi, alors que moi, j’étais plus dans un principe mécanique. Mes petits soldats devenaient des pictogrammes, c’était plus une accumulation, je dessinais plus rapidement comme j’ai pu le faire dans mon dessin « LA BATAILLE ». (que vous découvrirez plus bas).

Donc je gagnais.  

Ces thèmes, vous les chopiez où ?

Pas mal dans les livres d’histoires, ce qu’on t’apprend à l’école, ou ce que l’on pouvait regarder à la télé.. On faisait pas mal la Guerre du Vietnam, parce qu’on regardait l’Enfer du Devoir sur la 5 « la chaîne à Berlusconi ». (Raahhh si vous entendiez son accent toulousaing). On dessinait des chars, des drapeaux et l’on refaisait la croix gammée sans comprendre ce que cela pouvait représenter, pour nous ce n’était qu’un jeu.  Mon travail actuel se base sur ce travail enfantin.   

Les beaux-arts, ça t’as servi ?

Ça m’a servi à avoir du temps, de l’espace pour développer ma pratique et à rencontrer des professeurs, des artistes, des gens qui sont devenus mes amis. En arrivant là-bas j’étais graphiste, puis il a fallu faire un choix, le mien a été de développer un travail plus personnel.   

LA BATAILLE(click sur le dessin si tu veux voir le reste)

 

Alors, LA BATAILLE. Tu me disais que c’était un travail de mécanisation et de simplification…

Oui, bah par exemple, l’arbre que je dessine c’est juste l’image de l’arbre, ce n’est pas un arbre en particulier, c’est plus celui que dessine un enfant : c’est un rond avec une barre au-dessous et ça te fait un arbre. Cette utilisation de la mécanisation du dessin me permet de prendre l’espace et il y a aussi l’idée du temps du dessin. Je traite d’une manière toute aussi mécanique, les pylônes électriques, les deux marchent pareils. Après il y a une véritable interprétation de chacun. Quand les gens voient mes dessins certains disent « Ah mais c’est un rapport nature – civilisation ».    

LA FORÊT(click coco)

  

Je pense à « LA FORET » qui est par ailleurs ton travail de diplôme aux beaux-arts… Tu n’aurais pas été touchés par des débris de l’usine AZF lors de son explosion en 2001? (blague qui n’aura pas créé l’effet escompté).

Alors là, pas du tout. En fait j’ai eu le déclic pour tout mon travail actuel quand je suis parti en Ukraine. J’étais impressionné par toutes ces usines et ces fermes en friche, on sentait vraiment la fin du communisme, l’abandon de pas mal de choses. On abandonne une idéologie, pour partir sur une nouvelle, ce qui crée de nouvelles ruines, temples qui seront redécouverts plus tard. J’ai cette même fascination pour les parcs d’attractions abandonnés, ou même ces nouvelles cités comme Dubaï, qui sont des mégalopoles sorties de terre au milieu du désert et qui dans quelques années n’aura sûrement plus lieu d’être.  Les châteaux que tu dessines, ils existent ?Ça dépend. C’est un mélange entre réel et imaginaire, mais tout vient du réel au final. Je n’essaye pas de faire de fantaisies ou d’inventer une nouvelle forme. Je joue avec des images que je trouve sur Internet, des souvenirs, je  dessine de mémoire ce que j’ai pu voir et je tente de réinventer un édifice. 

  

Tous ces arbres et pylônes qui tombent, ces statues et bâtiments en ruine + les maisons et immeubles que tu as entourés de fils barbelés, ça crée en définitive un no man’s land gigantesque. Tu laisses le visiteur un peu face à lui-même, en fait.Je suis assez attaché au travail d’architecture, de miniature parce que, ce que j’aime aussi c’est donner à voir. Et j’aime quand les gens rentrent dans le dessin. La miniature c’est pouvoir renverser la monumentalité de ces bâtiments, de pouvoir créer une déambulation positive ou négative et c’est aussi contrer le manque d’espace dans mon atelier.    

ARENA(click sur Wembley)

 

Fais- moi rêver, parles-moi de ta série ARENA!

Dans mes dessins, il y a pas mal de ruines, comme une sorte de témoignage d’une bataille qui a eu lieu. Avec les stades de fouteubôl, on est dans un collage d’architecture. L’architecture qui a des liens très fort avec la religion, l’industrie, l’idée de la citadelle imprenable, mais qui est détruite comme une forteresse déchue laissée à l’abandon.   

VANITÉS

  

Est-ce que tu bois beaucoup de café ?

Beaucoup de café soluble oui. Je suis habitué à cette instantanéité du café soluble, t’as juste à laver la tasse après.  

Un matin mal réveillé, face à ton café trop dilué tu t’es dit « Et si je faisais de la peinture avec du café !? »Ahahah ! (en réalité ça ne l’a pas fait rire).

En fait j’aime bien me créer de nouveaux espaces de travail, d’où les sous-tasses. Je voulais me créer une petite collection désuète, puis j’aime ce côté « assiette peinte ». Quand cet ensemble est exposé, ça devient une nébuleuse de dessins, la sous-tasse n’est jamais présentée seule.  

Tu fonctionnes comment pour tes dessins ?

J’ai l’impression de tu y vas à l’instinct.Je fais ça un peu selon mon humeur, oui, mais il y a des thèmes qui ressortent. Mon travail marche un peu comme une arborescence, je vais essayer quelque chose de nouveau, une nouvelle branche. Je suis en train de développer un nouveau travail qui s’appelle LA VUE. Je suis plus dans le paysage qui est un mélange entre réel et imaginaire, comme si on était dans une espèce de voyage et qu’on regardait à travers un hublot.  

Maintenant, est ce que tu mélanges ton sucre à l’aide d’un pinceau ?

Non ! haha (il a ri, wout-wout ! victoire)   

Ses expositions 

 

Où est ce qu’on peut voir ton travail à part dans ton lutin ?

Je viens juste de commencer. Ça ne fait même pas 1an que j’ai présenté mon travail pour la première fois. L’année dernière j’ai montré mon travail, au Salon Montrouge, au Festival Gamerz… Cet été je suis en résidence chez ma mère, donc vous ne verrez pas mon travail avant l’automne, à moins que vous ne tombiez amoureux de mon travail..   

Géraud Soulhiol, l’homme qui travaillait sur le réel, l’imaginaire, la bataille, la guerre, l’énumération, l’accumulation, la colonisation, la prolifération, la construction, la destruction, la nature, la civilisation. 

« JE DESSINE DES BASES ET DES ARMEES voilà » G.S. 

Check quelques trucs cool : Géraud Soulhiol (si tu n’as pas compris où il fallait appuyer) http://www.geraudsoulhiol.com/index.php  

Marcel Storr (il est mort alors Google image t’aidera) 

 (c) Liliane et Bertrand Kempf  

Dessin du Jour (si t’as pas Fcbk t’es dans la merde)   Nicolas Jaoul (le mec du Dessin du Jour)

http://nicolasjaoul.com/nicolasjaoul.com/nicolas_jaoul.html  

Elsa

Elsa a 27 ans et a les chaussures roses de Barbie. Ex-batteuse de groupes de filles plutôt ultra classes ( Fury Furyzz et Mercredi Equitation), elle est plutôt agile de ses mains (hinhinhin). Elle vit maintenant à Bruxelles où elle est apparemment Interaction designer. Mais on ne sait pas ce que ça veut dire... Sinon, c'est aussi la meuf la plus gentille et choups du monde. Sauf si tu fais la chier, elle te tapera parce qu'elle aime bien avoir des bleus aux mains. Passions: le niqab, le caca et les paillettes.