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mercredi, 25 octobre 2017

Le Voldemort des petites filles

L’autre soir j’ai lu Chère Ijeawele, ou un manifeste pour une éducation féministe de Chimamanda Ngozi Adichie (je venais d‘enchaîner 3 tomes des Bidochons et je trouvais pas le sommeil d’avoir rigolé bêtement), je me disais que ça allait m’endormir vite et que je retiendrais bien un ou deux trucs à mettre en pratique – quelle nouille ! Je l’ai même relu le lendemain tellement j’ai aimé et je compte bien me servir de quasiment tous ses conseils. Quasiment. Sauf un en fait. Oui comme dans toute la Gaule qui est occupée par les Romains… Toute ? Non! Un petit village d’irréductibles Gaulois résiste encore et toujours à l’envahisseur. (je suis très vieille BD en ce moment, vous noterez). Et moi mon village de résistants c’est la zézette.

Enfin je dis la zézette mais Adichie et les professionnels préconisent d’utiliser les mots vagin et pénis parce que les noms officiels scientifiques sont moins chargés de la honte qu’on se trimballe de génération en génération. Mais moi j’y arrive pas. Même avec ma sage-femme je pouvais pas, je devenais cramoisie – elle s’était d’ailleurs mis en tête de me décomplexer à ce sujet en me mimant un Flamby avec ses mains « Ça vous gêne quand je vous dis que vous allez démouler votre bébé avec votre vagin ? » j’ai cru faire un malaise vagal je vous jure. Mais bon ça n’est pas le sujet, le sujet c’est qu’il faudrait dire aux enfants le pénis et le vagin. Et moi je peux pas dire ça à mon bébé, j’y arrive pas voilà.

Alors on dit quoi du coup ?

Parce que pour le garçon ok zizi c’est bon mais nicht zizi chez nous. Rigolez pas, on en parle sérieusement entre mamans « comment tu dis toi pour le zizi de ta fille ? » et ça peut nous durer 20 bonnes minutes de langage fleuri. Je vais pas vous faire un dictionnaire des synonymes mais minette/zezette sont largement en tête.

Allez je vous donne quand même mon préféré : le derrière du devant.

(J’ai ri bêtement en l’écrivant, j’adore cette expression) 

Le derrière du devant !

(Je ne m’en lasse pas)

On rigole on rigole mais il y a quand même encore une constante : les garçons ont un zizi et les filles se tapent tous les surnoms ridicules qui passent : de la petite fleur à la quiquine en passant par la minouchette. Vous me voyez venir avec mes gros sabots féministes, j’imagine… POURQUOI ? C’est tant la honte que ça de ne pas avoir un pénis pour qu’on ne soit jamais tombé d’accord sur un nom pas trop concon ? Ou alors juste ça n’intéresse personne avant la puberté et on embraye direct sur les relous qui parlent de chatte ? Ca me rend vraiment profondément triste de ne pas trouver de raison à cette différence de traitement envers notre sexe (faible, d’ailleurs).

 Dans cette logique, j’ai demandé à ma soeur médecin comment elle fait pour appeler le vagin et des petites filles quand elle a besoin de le nommer – on était en repas de famille, tout le monde a eu un cri du coeur “bah la moumouille ! quelle question !”. Sauf que ok chez nous c’est la moumouille mais 99% des enfants ne vont pas le comprendre (le 1% restant c’est les 3 filles de mon frère) donc elle utilise la zézette et le zizi comme elle a vu le faire. Ce qui m’a le plus effarée dans cette conversation dont je vous passe les détails (ma soeur donne toujours beaucoup trop de détails médicaux quand on est à table), c’est que, même au niveau médical, les parents sont quelque fois beaucoup plus mal à l’aise avec le vagin qu’avec le pénis de leur enfant. 

Ca vous étonne vous ? Tout le monde sait dessiner un zizi au blanco sur la porte des toilettes, mais vous y avez déjà vu des dessins de clitoris ? Non, c’est le mystère, c’est Voldemort.

Ca va vraiment loin cette différence, j’ai par exemple lu un forum doctissimo où la mère répond que chez eux ils n’utilisent pas de mot avec la petite et qu’avec la grande de 8 ans ils disent la schneck. La schneck. Y’a plus négatif et moche que ça ? Passons, c’est pas le pire. Le pire pour moi c’est de ne pas avoir de mot pour la petite, ça veut dire qu’on le cache ? Qu’on en a honte ? Ca implique surtout que si jamais la gosse a un problème avec son sexe, elle sera incapable de le dire car elle ne saura tout simplement pas comment l’appeler.

On continue dans les mots clés google à base de vagin et trilili pour tomber sur France Inter et le spécialiste linguiste Alain Rey qui a analysé que « la dérision ou la description négative du sexe féminin, c’est le signe que la langue française est extraordinairement antiféministe. » PAF ! Bien envoyé Alain !

Bon – évidemment – un mec a directement déboulé en commentaire :

En français, est-ce qu’être « une bite », ou « un gland », est vraiment un compliment ? Est-ce que lorsqu’il y a « une couille », on se réjouit ? 

Heureusement qu’il y a pas eu un gros coup de vent quand j’ai levé les yeux au ciel, c’était un coup à rester coincée.

#notallbite

Bref, je m’égare.

Tout ça pour dire que je suis bien embêtée avec cette histoire de zézette ou de minette ou de ce que vous voulez. Cette flopée de synonymes m’a plus perdue qu’autre chose et j’ai limite envie d’aller réveiller ma fille pour lui changer la couche en criant ALLEZ MAMAN ELLE TE NETTOIE LE VAGIN et rendre fière Françoise Dolto. 

Enfin bon Dolto je sais pas si elle a dit pénis ou zizi à son fils mais il a fini par chanter Tirelipimpon sur le Chihuhua en chemise hawaïenne donc merde à la fin.

Anna Wanda

Directrice Artistique et illustratrice
Anna est née en 1990 et se balade avec un collier où pend une patte d'alligator. Graphiste et illustratrice particulièrement douée (sans déconner), elle n'est pas franchement la personne à inviter pour une partie de Pictionnary. Toujours motivée et souriante, c'est un rayon de soleil curieux de tout et prêt à bouncer sur un bon Kanye West, tout en te parlant de bluegrass. Par contre, elle a toujours des fringues plus jolies que toi. T'as donc le droit de la détester (enfin tu peux essayer, perso j'y arrive pas). SON SITE PERSO: http://wandalovesyou.com