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lundi, 09 juillet 2012

NUIT MAGIQUE, UNE HISTOIRE D’HUMOUR QUI TOURNE À L’AMOUR

Par
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Bon les gaziers ce soir je vous emmène dans un univers qui fleure bon le gin tonic à vingt euros, les batons fluorescents et la musique électro qui ferait passer Cascada pour Monsieur Oizo… 

Lecteur perspicace, non, il ne s’agit pas d’une soirée Tuning au Macumba Club de Lille (pas d’offense amis Nordistes, moi aussi j’ai déjà fait un rêve érotique avec ma sœur). Je vous emmène dans l’endroit le plus sympa du monde pour vos virées nocturnes : Le Strip Club. Allez, on en a tous rêvé, mais est-ce qu’au fond pousser la porte capitonnée d’une façade Parisienne tristounette éclairée par un néon rose ne vous paraît pas être déjà un truc honteux ? Et bien les cocos, chez Retard on ne renâcle pas devant les notes de frais alors on a testé pour vous. Pour en revenir au dessus, c’est vrai que pendant les quinze secondes tous les poncifs du genre vous passent par la tête… - Tu penses qu’il va y avoir que des vieux dégueulasses ?- Et si on se fait racketter par des Corses ?- Non mais t’as combien sur toi ?- Je suis sur qu’il y aura que des filles de l’Est..- Si ma meuf l’apprend je suis mort …- L’avantage c’est qu’on pourra fumer à l’intérieur- Avec Les Coasters en fond on va se taper un maxi trip(Je pouffe intérieurement en écrivant ce passage et vous imaginant bouger la tête comme un vieux à Roland Garros)

- Bon mais t’es bien sur de vouloir le faire ?

Et oui on le fait. Et quand un mec, la cinquantaine grisonnante, vous ouvre les portes avec les mains chargées de bagouzes on lui aurait donné notre portefeuille si il l’avait demandé, alors à côté, rentrer, on paraît s’en tirer à bon compte. 

Premier poncif à évacuer, il a l’accent du Sud Ouest. On est pas dans un épisode de Mafiosa et c’est déjà un bon point. Le serveur nous emmène, pendant qu’on baisse encore les yeux de peur de croiser quelqu’un qu’on connaît, alors qu’ON S’EN FOUT IL AURA AUSSI HONTE QUE NOUS DEMAIN DANS L’ASCENSEUR, direction notre siège. Tiens pile devant la barre où une fille nous fait un superbe grand écart facial suspendu, sans doute pour nous saluer (charmante coutume). Bon y’a pas de vieux dégueulasses, ça sent plutôt l’enterrement de vie de garçon à coté de nous. Ah si, un jeune pas loin paye une bouteille de Champagne à une fille, seul. Devant le glauque évident de la scène précédente et les autres clients autour de nous, l’opportunité d’un retrait tactique dans les toilettes semble être bonne, on a de quoi tenir un siège, il me reste trois Bountys dans les poches (de toute façon on osera jamais sortir de peur de froisser le patron et finir avec des chaussures en ciment).

On finit par rester, malgré la première impression désastreuse et on commande à boire (Entrée plus conso, ça pousse a boire). Bon que de cocktails de kéké alors qu’un cigare et un bon Negroni ça l’aurait fait. Un de mes accompagnants ose courageusement le  Manhattan tandis que je tente de me griller une clope. Sanction immédiate, on ne fume pas (oubliés vos fantasmes à base de films de cet escroc de Tarantino, y’aura pas Down in Mexico non plus) et manifestement c’est Gin Tonic pour tout le monde. Ben tant pis, ça sera leur faute si on vomit. En attendant nos consos (A vingt euros, on paye l’entrée comme ça.). On recommence les observations. Juste a côté de nous les filles attendent en file indienne de danser autour de la barre, un petit coté queue leuleu assez charmant malgré tout (elle se parlent et ont l’air de pas mal se marrer, sauf une ou deux qui tirent carrément la tronche).

Pendant que l’on se rince l’œil copieusement sur toutes ces filles en sous-vêtements devant nous, une voix à ma gauche. « Salut moi c’est Lily ». Après avoir légèrement sursauté et perdu tout aspect viril, je claque la bise qu’elle semble demander, tout comme mon prénom. Les dix minutes suivantes seront consacrées à frotter les joues des danseuses (qu’on finira par considérer comme des artistes à la fin de la soirée). Apparemment c’est la norme ici. Viens ensuite à notre table une dénommé Nina (Son pseudonyme), cheveux colorés rouges, maquillage discret, petits seins, bref on l’a tous sans doute croisé en vidant ses bouteilles le dimanche matin, trop occupé à songer à son alcoolisme naissant pour la voir. La jeune dame nous présente les tarifs (Ultra salés) des danse privées, des combos champagne+pièce privée +soixante minutes en tête à tête qui au vu du prix flirte avec la prostitution…

Néanmoins, devant notre air d’enfant de chœur pris la main sous la soutane, elle nous met tous a l’aise en nous demandant un peu ce qu’on fait là, alors nous on papote. Et puis là le drame, tout le monde part fumer en m’abandonnant. Bon ben on va meubler pour arrêter de rougir.

- Tu as quel âge ? 

- Vingt-deux ans (Mouais, si t’en a dix-huit c’est déjà pas mal)

- Tu fais ça pourquoi ? Tu es étudiante ? 

- Non c’est mon vrai métier (Re-mouais, bon allez on va plutôt parler du fonctionnement du truc jeune dame).

Donc elle m’apprend que le tour de bise général sert à mesurer l’intérêt des gens pour telle ou telle danseuse, et que du coup celle qui semble avoir eu le plus de succès va présenter les tarifs et passer un peu de temps avec la table. Pour les verres offerts il n’y a pas de commission à la coupe (pour ne pas créer de jalousie si il y a une table de gros payeurs) mais plutôt une sorte de cagnotte globale partagée à la fin de la soirée. Et par rapport aux relous, généralement, une autre fille un peu plus expérimentée prend la place et calme le jeu sans que personne ne s’en rende compte. Bon ben du coup au retour de mes petits camarades on commence à se décoincer, on applaudit à la fin des danses en vieux habitués. Les vannes fusent, les demoiselles sont loin d’être des cruchasses et ont du répondant. Car oui il en faut du répondant quand quinze mecs en rut et passablement avinés vous entourent dans un espace que j’évalue autour de quarante mètres carrés (Même si les toilettes sont immenses et je me sens triste en me faisant la réflexion qu’elles sont plus grandes que ma chambre … Ah la solitude des toilettes de Strip Club, c’est ça le mal de notre époque…). 

Et, en sortant des lieux d’aisance, tel un ami de DSK je lance un petit « excusez moi je sors de la douche » (En hommage à un ami qui aurait sans doute adoré être là) repris au vol par Nina « Si il avait été président on aurait mis sa photo au dessus du bar tu sais ! ». 

La suite sera une petite dissertation sur nos amis politiques partouzards et le monde de la nuit qui semble être bien sympa. Les danses s’enchainant, le vin du début de soirée montant, clopin clopant nous lançons des petits « A poil » qui déclenchent l’ire des tenanciers mais quelques sourires des clients et des artistes devant notre désinhibition totale. Entourés de filles légèrement vêtues, comme des coqs en pâte avec notre coupette de mousseux tiède on se plait à lancer un petit hommage à la chanson qui a fait beaucoup pour la confiance des mecs de ma génération. Je veux bien sur parler de ça :   

The Blood Arm- "Suspicious Character"

RETARD → Magazine - The Blood Arm-

Faites le test, marchez dans la rue normalement, constatez à quel point c’est moyen. Mettez ce chef d’œuvre à fond dans vos écouteurs : miracle, votre démarche devient chaloupée, vous enchainez les oeillades aux gens qui vous entourent. De l’extérieur il est évident que vous avez l’air d’un parfait crétin. Mais de votre point de vue vous êtes au top. Et bien pour nous c’est pareil, vue de l’extérieur on devait ressembler a des mecs bourrés lambdas, mais pour nous c’était la vie de Hugh Heffner qui défilait…

Malheureusement la magie s’estompe un peu quand deux filles font une danse a un futur marié, si chaque main baladeuse est rapidement écartée, pourquoi faire péter le soutif et frotter ses gougouttes alors ? (Ouais je l’avoue, pour casser l’aspect hot de la scène j’ai employé le mot Gougoutte …) On préférait le coté glamour, pas sexuel, et ce moment nous fait signe qu’il serait temps de partir avant que l’un d’entre nous ne succombe et fasse péter la carte bleue… 

Le petit coté « fin du monde mais on s’en tape ça valait le coup » mêlé a un je-ne-sais -quoi de sulfureux (alors que bon …) a rendu la soirée inoubliable. L’air de rien, le fait qu’on doit être une vingtaine en tout et pour tout dans l’endroit donne aussi un coté familial de fort bon aloi. Pour conclure un cri du cœur, ALLEZ PASSER UNE SOIRÉE DANS UN CLUB DE STRIP TEASE VOUS LE REGRETTEREZ PAS ! Préparez un petit budget (genre trente euros par personne), un tour sur Google pour identifier un endroit pas loin de chez vous, dites « chérie met ta plus belle robe, ce soir  je t’emmène au Flunch», Appelez quelques copains après qu’elle vous ait foutu dehors en hurlant qu’elle aurait du écouter sa mère, et roule ma poule ! Ensuite envoyez un mail de remerciement à Retard pour les remercier d’avoir passé une des meilleures soirées de votre vie…

Jean

Jean est né en 1988 et frétille de la mèche. Ex-colocataire d'Ophélie, on aimerait bien lui faire une belle biographie avec des trucs gentils mais ce connard à l'accent chantant de Toulouse préfère Joe Dassin à Claude François. Alors IL IRA SE FAIRE VOIR AU PAYS DES OISEAUX HAHAHA (parle lui des pigeons tu comprendras).

Anna Wanda

Directrice Artistique et illustratrice
Anna est née en 1990 et se balade avec un collier où pend une patte d'alligator. Graphiste et illustratrice particulièrement douée (sans déconner), elle n'est pas franchement la personne à inviter pour une partie de Pictionnary. Toujours motivée et souriante, c'est un rayon de soleil curieux de tout et prêt à bouncer sur un bon Kanye West, tout en te parlant de bluegrass. Par contre, elle a toujours des fringues plus jolies que toi. T'as donc le droit de la détester (enfin tu peux essayer, perso j'y arrive pas). SON SITE PERSO: http://wandalovesyou.com