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jeudi, 27 novembre 2014

OÙ SONT LES GROUPES DE FILLES ?

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Je ne connais pas vraiment le pourquoi du comment, tu sais, la vraie bonne raison qui pousse à monter un groupe de filles.

Personnellement, je me souviens de m’être vraiment énervée au tout premier concert des Plastiscines (2004 putain de merde, ça ne nous rajeunit pas), en trouvant que c’était facile de la jouer Nancy Sinatra en plaquant deux accords pétés sur une guitare vintage. Je me souviens aussi d’avoir dansé les yeux fermés pendant un concert du Tigre en plein cagnard dans un festival de zone 5 en me disant que j’aimerai tellement, mais tellement, être comme Kathleen Hanna.

Et puis surtout, je me souviens de l’annonce de Mariette, la guitariste de mon premier groupe, qui était parue dans un rock and folk de l’été 2005, celui avec Iggy Pop en couverture.

Faut pas mentir, j’adore faire partie d’un groupe de filles. J’aime tellement ça que je ne jouerai plus jamais avec des garçons. Les garçons que je connais, ils font tellement chier avec les accords et la technique, ils sont tellement dans leur délire larsens à moitié tout nu que ce n’est pas marrant du tout.
Avec les filles avec lesquelles j’ai eu la chance de composer, il se passait autre chose qui n’avait rien à voir avec le solfège, un truc plus au niveau du ressenti, presque incompréhensible. Un sentiment rassurant et libérateur, je saurais pas vraiment t’expliquer, mais qui m’ a fait me sentir vraiment bien.

En tant que journaliste musical, j’aime tout autant les autres groupes de filles. Et, bizarrement, cela fait quelques temps que je constate la disparition de ce type de formations. Alors que nous étions nombreuses dans les années 2000 à beugler en minijupes sur les scènes de France et de Navarre, les groupes féminins semblent avoir disparu de la carte, laissant tout l’espace actuellement au binôme masculin/féminin où la fille tient plus souvent le rôle de muse que de véritable artiste.

La groupie du pianiste, toi même tu sais.

LA GROUPIE DU PIANISTE

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Et ya un truc que je comprends pas. Le féminisme n’a jamais été autant “à la mode” (en tout cas au centre de l’actualité), pourtant toutes les artistes qui en font actuellement leur fer de lance avancent seules. De Beyoncé – qui en a même lourdé Destiny’s Child – à Grimes, sans oublier MØ, ou même cette pauvre Miley Cyrus, ces chanteuses et filles qui se réclament du riot Grrrl (et du Girl Power) ne semblent pas vraiment se préoccuper de la question de la communauté. Le spotlight pour elle et elle seule.

Et ça me fout les boules, MAIS TELLEMENT.

Je ne dis pas que le vrai groupe de filles a disparu. Et quand je dis vrai, je parle de celui où tous les membres sont des meufs, et pas avec un batteur qui fait la gueule perdu dans le lot. Les formations exclusivement féminines, il en reste (j’ai même demandé à Twitter) : Massicot, Alligator, Warpaint, Ex Hex, The Coathangers, Trash Kit, Rose Mercie, Sleater Kinney qui se reforme bientôt

(et puis les Plastiscines qui sont toujours là hein)

Mais il y a des dérives. Notamment ce truc pas vraiment joli joli, où certaines artistes choisissent de s’entourer exclusivement de musiciennes pour donner l’impression du Girls Band, tout en refusant le concept de groupe (ON T’A VUE HEIN “DEE DEE” DES DUM DUM GIRLS) et ça ça craint encore plus que tout.

Elle est où l’époque des Vivian Girls et puis de Mika Miko ? Pourquoi n’y a t il plus de petites meufs qui montent ensemble leur groupe ? C’est un truc générationnel, de mode, ou bien on n’en a tellement plus rien à foutre des autres qu’on ne veut même plus faire l’effort d’essayer de construire un truc collectif ?

- C’est sur, c’est plus facile de se retrouver toute seule devant garage band que de subir l’humeur parfois désastreuse de ses collègues de studio

- C’est plus facile de faire la musique qu’on aime au lieu de se taper de vieux compromis tous pourris “TES NOTES DE BASSES ELLES CRAIGNENT TELLEMENT SÉRIEUX TU VEUX PAS APPRENDRE À JOUER AVEC UN MÉDIATOR ET GRATTER EN RYTHME ?”

-C’est tellement plus cool pour ton gros ego tout fier de lui de récolter les lauriers au lieu de les partager à trois.

Mais punaise, ce que tu passes à côté des expériences de vie les plus chouettes du monde. Le groupe de filles, c’est l’idée du Sisterhood poussé à son paroxysme, mais avec un fond sonore mégabien. C’est la naissance en musique de ton toi qui pue un peu des pieds au milieu d’autres meufs qui puent aussi un peu des pieds. Ensemble, vous devenez pourtant ce super robot de Power Rangers assemblé avec les forces et les faiblesses de chacune, une vraie machine de guerre avec du rouge à lèvres qui fait partie d’une équipe.

Les seuls trucs que j’ai jamais réussi, je les ai réussis avec mes bandes de copines : que ce soit Pussy Patrol // Secrétariat // Fury Furyzz // Mercredi Equitation ou même Retard. J’ai partagé des moments forts, j’ai des anecdotes tellement oufs que chaque engueulade, chaque blessure involontaire donnée par l’une ou par l’autre semble maintenant avoir valu le coup. Et je pense ne pas prendre trop de risques en disant que toutes ces filles qui ont croisé ma route (coucou Mariette, Charlotte, Ophélie, Elsa, Elise) vous diront la même chose.

Être dans un groupe, c’est se soutenir quand la vie ressemble à une rediffusion tardive de Dynasty, et surtout, c’est prendre sur soi pour se porter vers le haut pour que votre projet fonctionne. Et je vais rien t’apprendre, mais c’est tellement dur d’être seule et d’avancer avec ton petit baluchon sur les sentiers de la vie

Que crois moi sur parole

Heureusement qu’il y a les copines.

LES FILLES C'EST SUPER SYMPA

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Alors, on va tenter un truc.

Si t’es en train de bouder toute seule chez toi au moment où tu lis cet article

Si t’arrives pas à te lancer dans quelque chose qui te tient à cœur parce que c’est vrai, ça fait drôlement flipper,

Si t’as envie de faire de la musique mais que tu sais pas,

Contacte nous.

On va essayer de vous présenter les unes aux autres. Ça serait trop bien qu’on puisse relancer la magie du groupe de filles. Te tracasse pas si tu sais pas jouer d’un instrument : quand on a commencé Pussy Patrol, Charlotte tapait sur des cartons de pizza hut, je branchais ma basse à 50 euros sur les mauvais amplis et Mariette faisait des reprises reggae à la guitare.

Mais tu sais quoi

On s’en fout

Et si tu veux t’en foutre avec nous

Bah écris nous un mail à salut@retard-magazine.com, avec comme objet “JE VEUX MONTER UN GROUPE DE MEUFS”

On fera notre possible pour t’aider, parce que ya pas moyen qu’on laisse le groupe de filles mourir.

Girl Power et toutes ces conneries,

Ton amie Marine

Marine

Leader Autoritaire
Marine est née en 1986 et vit avec un petit chien trop mignon. Après avoir joué avec des groupes de filles ultra classes d'après les autres membres (Pussy Patrol/Secretariat/Mercredi Equitation), elle gagne sa vie en écrivant sur des sujets cools et se la pète déjà un peu. Ca ne l'empêche pas de traîner en pijama dégueulasse le dimanche en essayant de twerker mal sur du William Sheller. L'AMOUR PROPRE C'EST DÉMODÉ OKAY.

Anna Wanda

Directrice Artistique et illustratrice
Anna est née en 1990 et se balade avec un collier où pend une patte d'alligator. Graphiste et illustratrice particulièrement douée (sans déconner), elle n'est pas franchement la personne à inviter pour une partie de Pictionnary. Toujours motivée et souriante, c'est un rayon de soleil curieux de tout et prêt à bouncer sur un bon Kanye West, tout en te parlant de bluegrass. Par contre, elle a toujours des fringues plus jolies que toi. T'as donc le droit de la détester (enfin tu peux essayer, perso j'y arrive pas). SON SITE PERSO: http://wandalovesyou.com