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samedi, 08 décembre 2018

Passion Starmania

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Le rideau tombe. La foule acclame Marie-Jeanne, et toute la troupe, à bout de souffle. 30 ans après son enregistrement, la version rouge de Starmania continue à me faire chialer.

Mes parents n’ont jamais compris. Pour eux, les musiques du couple Berger-Plamondon sont au mieux joliment désuètes, au pire complètement ringardes (même si faut pas m’la faire à moi, le disque s’est pas rayé tout seul hein) : qu’est-ce que vient faire une gamine née après la période Berger parmi les Etoiles Noires ?

Un garçon pas comme les autres

J’ai découvert Starmania en 2010, à tout juste 18 ans. Après avoir écouté chacun des disques de Michel dans mon minuscule appartement, il a bien fallu que je me rende à l’évidence : j’étais tombée amoureuse. Bon, vu que je faisais pas le poids face à France Gall et que le type était décédé depuis 20 ans, j’ai vite abandonné le projet de l’épouser. Mais j’en voulais plus : et c’est là que Starmania m’a tendu les bras.

En grande glandeuse de l’Internet, j’ai donc passé des heures à chercher des captations plus ou moins obscures, et à regarder une à une les différentes versions de ce petit bijou. Non parce que Berger n’a pas fait ça à moitié : entre la première édition de 78 et sa mort en 92, on compte déjà 7 interprétations différentes dirigées par son équipe.

Allez hop, la version rouge de 1989, LA MEILLEURE Y’A PAS DEBAT :

1 Starmania Edition Rouge 1989

RETARD → Magazine - 1 Starmania Edition Rouge 1989

Il se passe quelque chose à Monopolis

Bon, si vous avez eu la flemme de démarrer la vidéo, voilà le topo : Monopolis, capitale du monde occidental et capitalisé, est divisée en deux.

Dans le monde d’en haut, les riches, et son big boss Zéro Janvier (celui qui chante qu’il aurait voulu être un artiste, vous voyez ? Bah il est plutôt milliardaire et bien raciste), principal candidat aux prochaines élections. Au programme, gratte-ciels, pollution, et à 20h : Starmania, une émission à fabriquer des stars, présentée par la belle Cristal (notre regrettée France Gall).

Dans le monde d’en bas, les miteux, et notamment les fameuses Etoiles Noires. Le gang traverse la ville pour rayer les jaguars avant d’enquiller des bières à l’Underground Café. À sa tête : Johnny Rockfort (Balavoine), le seul mec au monde à réussir à être hyper classe tout en portant un nom ultra pourri. Et bien sûr, Sadia, mon personnage préf’ : une travestie prête à tout pour défendre la cause des laissés pour compte. Pas conne la meuf, elle fait croire à Cristal que Johnny lui accorde une interview, et en profite pour l’enlever… Enfin c’est ce que croit la presse : en réalité, Cristal est tout bonnement tombée follement amoureuse de Rockfort.

Petite pause culture : vous vous souvenez de Patty Hearst ? Mais si : au milieu des années 1970, la presse internationale s’enflamme lorsque cette richissime héritière se fait enlever par un groupe terroriste d’extrême gauche. Moult rebondissements plus tard, on la retrouve… Sur les images de surveillance d’une banque. La nana, syndrome de Stockholm-style, a rejoint la bande et prend part au hold-up, arme à la main, l’air de rien. Bah paf ! Berger a tout pompé -

Enfin bref. Je vais pas tout vous raconter, mais ça va vite partir en fight politique, pour savoir si la planète va finir en nuage de pollution géant ou si le Gourou Marabout (principal opposant de Zéro) va arriver à tout raser pour revenir à un monde vert et serein.

Le Bulletin spécial de Télé Capitale

Au milieu de tout ça, l’opéra-rock cyberpunk livre toute une réflexion sur la médiatisation et l’hypersexualisation des stars de la télé.

D’un côté, Ziggy (dont tombe amoureuse Céline Dion, même si elle sait « qu’il aime les garçons ») rêve de devenir le meilleur danseur de rock au monde et de passer sur Starmania.

De l’autre, Stella Spotlight, actrice dépressive et complètement paumée, critique le star-system (star, étoile, Stella, vous l’avez ? Oui oui, Berger adore les jeux de mots).

Et 20 ans avant la Star Ac’, on a déjà une belle caricature de la télé à travers le présentateur Roger Roger, « télévangéliste » robotique qui sert de voix-off à la comédie musicale.

Vous l’aurez compris, c’est un joyeux bordel (enfin joyeux, bof hein).

Fabienne Thibeault "Le Monde est stone" (live officiel Starmania) | Archive INA

RETARD → Magazine - Fabienne Thibeault

Final

Depuis le jour où j’ai chantonné Starmania pour la première fois, j’ai converti des dizaines de copains, et j’en peux presque plus des versions karaoké de « Quand on arrive en ville ». Je dis « presque », parce que franchement, pour tout vous dire, je crois que je m’en lasserai jamais de me prendre pour Sadia.

Starmania - Quand on arrive en ville.flv

RETARD → Magazine - Starmania - Quand on arrive en ville.flv

Le plus fou dans cette histoire, c’est que Berger n’est même pas sur scène : moi qui ai regardé chacune des versions pour le retrouver un peu derrière mon écran, j’ai dû le redécouvrir à travers la voix des autres…

Et j’y ai trouvé une autre facette de l’homme et de sa musique. A la fois compositeur à succès, chanteur pour minettes et acteur de sa génération, il livre un opéra très pur, qui rigole pas du tout avec les sentiments. Tu ris, tu pleures, y’a des gens qui meurent. C’est la vraie vie quoi. Mais dans le futur.

Je vais d’ailleurs pas vous faire le discours de « Non mais Starmania, ils avaient déjà tout prévu, regarde c’est exactement comme ça que ça se passe aujourd’hui, Zéro Janvier c’est grave Trump bla bla », parce que de toute façon ON SAVAIT QUE CA ALLAIT ARRIVER. C’est juste fou de se dire qu’on nous a planté des panneaux géants et qu’on est quand même tombé dedans.

Starmania, ça reste simplement le meilleur endroit pour revenir un peu dans le passé, et voir que le futur, c’était mieux avant.

(Et puisque le sujet reste épineux et que je veux rester amis avec mes copains qui adorent la version Mogador, un petit hommage à Patsy Gallant, une des meilleures interprètes de Stella Spotlight : )

Anna Wanda

Directrice Artistique et illustratrice
Anna est née en 1990 et se balade avec un collier où pend une patte d'alligator. Graphiste et illustratrice particulièrement douée (sans déconner), elle n'est pas franchement la personne à inviter pour une partie de Pictionnary. Toujours motivée et souriante, c'est un rayon de soleil curieux de tout et prêt à bouncer sur un bon Kanye West, tout en te parlant de bluegrass. Par contre, elle a toujours des fringues plus jolies que toi. T'as donc le droit de la détester (enfin tu peux essayer, perso j'y arrive pas). SON SITE PERSO: http://wandalovesyou.com