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mercredi, 19 avril 2017

Pourquoi on peut aussi ne pas voter (Mélenchon) dimanche prochain

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Nous avons lu avec intérêt le texte de MM. Louis de Lagasnerie, sobrement intitulé Pourquoi il faut voter Mélenchon. Nous ne sommes pas d’accord avec la formulation de cette injonction à voter pour Jean-Luc Mélenchon. Pas parce que nous ne sommes pas d’accord avec ses propositions, mais d’une part parce qu’il ne saurait y avoir d’injonction à voter (tout court!) et d’autre part, parce que nous pensons que les arguments avancés ne sont pas recevables car ils relèvent d’un certain aveuglement et/ou d’une forme de malhonnêteté intellectuelle. Nous avons souhaité leur répondre, point par point, assumant les incohérences que cette méthode implique.

« Voter pour Mélenchon ce n’est pas voter pour un individu »
Cette affirmation entre en contradiction directe avec l’esprit et la pratique de l’élection présidentielle sous la Ve République. Depuis son instauration, ce scrutin s’inscrit dans une mythique « rencontre d’un homme avec le peuple ». Nous ne pouvons que constater que cette  « rencontre” » s’effectue souvent au détriment du débat démocratique, confisqué par des considérations sur la « carrure » ou la « présidentialité » de tel·le ou tel·le candidat·e (« présidentialité » qui, si on écoute les commentateurs·trices politiques, semble très souvent se confondre parfois avec « masculinité »).

Jean-Luc Mélenchon, bien loin de déroger à cette pratique, s’inscrit pleinement dans cette tradition de la Ve République : quoi qu’il en dise, la façon dont il a lancé sa campagne, la façon dont il la mène et la façon dont ses supporters·trices se comportent font de sa personne le fondement de son projet politique. Cette personnalisation est tellement poussée qu’elle nous semble entrer en contradiction avec la volonté apparente de convoquer une Assemblée constituante dans le but de dépasser la Ve République.

« Si Mélenchon perd, toute la gauche perd »
La gauche est-elle réductible au/à la candidat·e qui semble, selon les sondages, être celui ou celle qui rassemble le plus de voix ? Ce type de raisonnement, induit par les institutions de la Ve République et le mode de scrutin, est une négation même du débat démocratique. Quelle est la cohérence politique de fond, quel est le projet que l’on porte si la logique du « vote utile » remplace toutes les autres ? Car favoriser le candidat qui semble en tête au détriment de toute autre considération, c’est bien le même « vote utile » que celui que le PS invoquait quand il se trouvait, lui, plus haut dans les sondages.

« L’abstention dans le contexte de cette élection serait une attitude vide et petite-bourgeoise. »
Mais pour quoi (pourquoi) vote-t-on, au fond ? Pendant encore combien de scrutins va-t-on nous proposer ces choix tactiques en agitant l’épouvantail de tel·le ou tel·le adversaire ? C’est ça, être de gauche ? Où sont les convictions, le projet de société ?  

Depuis 13 ans, nous n’avons fait que des choix tactiques parce que menaçait une droite contre laquelle il fallait lutter. Nous ne pouvons accepter l’argument qui consiste à dire que le vote ne vaut adhésion ni à un programme ni à un individu. De quoi ce vote-là est-il le nom, sinon d’une nouvelle injonction à faire barrage ou d’un nouveau renoncement ? Voter Mélenchon dans ce contexte n’est qu’un nouveau vote utile, bien loin d’un vote de convictions, ce que nous appelons pourtant de nos vœux. Il peut sembler que refuser de prendre part à cette élection qui est la plus grande mascarade de la vie politique sous la Ve République revient à autrement valoriser l’expression démocratique qu’est le vote.

«Il faut aussi se méfier de tout raisonnement politique qui conduit à mesurer sa radicalité au fait de ne rien faire. »
Ne pas voter ne revient pas à ne rien faire. La politique ne se résume pas aux élections. Loin d’être une abdication  l’abstention peut apparaître comme le moyen de refuser de continuer à compromettre la vie politique. On ne peut accepter non plus l’argument qui consiste à faire du vote le seul moyen d’action politique quand on voit les engagements militants des personnes qui revendiquent aujourd’hui ce choix. L’attitude petit bourgeoise ne serait-elle pas plutôt de croire que voter Mélenchon serait forcément voter pour les opprimé·e·s, les chômeur·se·s, migrant·e·s et manifestant·e·s?

« Combattre les violences policières, le racisme policier et la répression, qui sont pour nous des questions si centrales, passe aujourd’hui aussi par un vote pour Mélenchon. » 
Les violences policières, le racisme policier et la répression sont certes des questions évoquées dans le programme de Mélenchon, mais il n’est pas le/la seul·e candidat·e à les évoquer. Et il y a d’autres moyens de lutter contre les violences d’État à l’encontre des communautés minorisées qu’en se ralliant à un·e candidat·e à la présidentielle.

« On sait que n’importe quel candidat gagnerait au second tour contre Marine Le Pen. » 
Cela ne fait que déplacer le problème. Sans parler du fait que cela revient encore à fonder un argumentaire politique sur des projections aussi fiables que l’horoscope, cela revient à faire du vote Mélenchon un nouveau vote utile, un vote de barrage à Fillon ou Macron. Quand voterons-nous pour et non plus contre?

« Mélenchon est le candidat dont le programme est de loin le plus favorable à des avancées juridiques et politiques importantes. » 
Le programme de Mélenchon est certes prometteur en matière d’avancées sociétales, mais il n’est pas le seul. Philippe Poutou propose, par exemple, de désarmer la police, comme c’est déjà le cas dans plusieurs pays, par exemple dans les pays scandinaves ou aux Pays-Bas. Nathalie Artaud et Philippe Poutou proposent tous deux d’augmenter les moyens alloués à la prise en charge des victimes de violences. Artaud souhaite mettre en place de véritables moyens financiers et humains dans l’hébergement et le suivi social des mineur·e·s isolé·e·s et des jeunes exclu·e·s, notamment LGBT. Artaud et Poutou se déclarent également en faveur d’une régularisation de tou·te·s les sans-papiers.  Quoi qu’on pense de ces propositions par ailleurs, il n’est pas vrai de dire que Mélenchon soit le ou la seul·e candidat·e porteur-se d’un projet progressiste.

« On aura le temps de poser les questions européennes après l’élection présidentielle. »
Le plan B proposé par Mélenchon en cas d’échec des renégociations ne saurait pourtant être pris à la légère puisqu’il revient, en définitive à envisager une sortie de l’Union européenne. Or cette affirmation revient au mieux à renvoyer la question européenne aux calendes grecques, au pire, à accepter les yeux fermés ce que propose le candidat de la France Insoumise pour l’Europe alors que cela peut apparaître comme l’un des enjeux majeurs d’une élection qui n’en a pourtant pas beaucoup.

« Si Mélenchon gagne, l’atmosphère change. L’espace public change. L’humeur change. »
Tout comme elle ne se résume pas à un bulletin dans une urne, la politique ne saurait être réduite à une question d’humeur et d’atmosphère. Si nous reconnaissons qu’il est nécessaire d’insuffler de l’espoir comment peut-on conclure un texte qui a pour but d’argumenter en faveur d’un choix politique en parlant d’atmosphère ou d’humeur, qui ne sauraient en aucun cas être des valeurs politiques?

https://blogs.mediapart.fr/geoffroy-de-lagasnerie/blog/160417/pourquoi-il-faut-voter-melenchon-texte-ecrit-avec-edouard-louis

Roca Balboa

Bricole Gueurle officielle de la Team Retard
Roca Balboa est née en 1990 et aimerait bien réadopter des rats. Amie d'Anna, la première fois qu'on l'a rencontrée on a vu un petit chaton tout mignon. Puis, en mangeant un kebab sur un banc, on a constaté la bouche pleine d'une viande qu'on connaissait pas qu'elle avait la gouaille la plus hardcore qu'on connaisse. Et un putain de talent pour le dessin. SON SITE PERSO : http://rocabalboa.com/