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jeudi, 28 février 2013

RENDEZ VOUS SUR LE NET AVEC ELISE COSTA

Par
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  On est en 2005, à Clichy, dans ma petite chambre d’étudiante à l’INALCO. Il fait déjà nuit dehors. Avec mes cheveux décolorés et mes trous faits exprès dans mes t-shirts pour avoir l’air punk, je dois avouer, en plus de me faire rétrospectivement de la peine avec ce look de merde, que je m’ennuie pas mal. C’est un peu de ma faute : j’ai décidé que le japonais n’était pas pour moi, et mes amis sont malheureusement plus amènes à réviser leurs kanjis qu’à m’accompagner à des concerts de garage. Tant pis, ce soir je n’irai pas me bourrer la gueule avec de la mauvaise bière devant un groupe qui n’a pas pris de douches depuis 3 jours.

Alors pour passer le temps je rôde sur le net, cherchant des réponses à mes questions du moment. L’interrogation de ce soir porte sur les baby-rockers (elle se résume simplement : POURQUOI ?). Je me retrouve ainsi sur le blog de Virginie Despentes, à l’époque compagne de Philippe Manoeuvre. Je parcours. Convaincue par la prose de l’écrivain que je connaissais à l’époque assez peu, je me dis que je ne prend aucun risque à cliquer au petit bonheur la chance dans ses liens.

C’est comme cela que je suis tombée sur celui d’Elixie. (Ca veut dire Elise en basque : c’est le pseudo d’Elise Costa).

Et putain. J’ai passé une grande partie de la nuit à tout lire.

J’ai rapidement commencé à me connecter régulièrement pour voir si elle postait de nouveaux articles.

Et une relation unilatérale, mais de confiance, s’est ainsi instaurée.

Je me procurais certains des livres qu’elle conseillait (merci pour Chuck Klosterman), j’écoutais parfois les morceaux qu’elle trouvait cool (ce morceau d’Ashley Simpson). 

Ashlee Simpson - Outta My Head

RETARD → Magazine - Ashlee Simpson - Outta My Head
  

J’ai aussi lu son livre, quand il est sorti en 2010.

Tout était bien.

J’aimais son choix de sujets toujours un peu pop culture mais traités pourtant avec soin. La plupart de ses papiers me donnait envie de porter un jean (alors que ça ne me va vraiment pas), un t-shirt moulant et une jolie casquette. Je m’imaginais en train de lire une vieille édition de Truman Capote en attendant au milieu de la pampa américaine que notre ami pompiste Ricky finisse le plein de ma vieille Chrysler pourrie, et me laisse repartir tracer la route dans le désert. 

C’est toujours à ce moment là que je me rappelais ne pas avoir le permis. 

Elise/Elixie arrive avec des mots à me procurer les mêmes sensations qu’en regardant une comédie avec Drew Barrymore, ou un teenage movie des années 80 (les meilleurs sont avec John Cusack). C’est chouette et c’est réfléchi, mais on ne s’en rend pas forcément compte puisque la forme est légère, comme un emballage conçu avec simplicité. Un peu comme le Furoshiki version écrite (t’as vu cette comparaison filée sur le japon ?) 

Pourtant, juste avant de me lancer à la fin de l’année dernière et de lui écrire, dans un élan de « ADVIENNE QUE POURRA », je me suis décidée à compter sur mes doigts depuis quand j’étais l’une de ses lectrices.

Il m’a fallu mes deux mains, à ma propre surprise. Huit ans. Entre temps j’avais arrêté le japonais, fait des études de lettres, j’avais été assistante de production pour le spectacle de Philippe Candeloro et j’avais même répondu au téléphone dans un commissariat du 9-3. Et puis enfin un vrai boulot, du genre qui paie les factures et les croquettes de mon chien, journaliste web.

En 8 ans j’avais eu le temps de devenir adulte et elle était restée, correspondante virtuelle à laquelle je n’avais jamais eu à répondre mais qui aurait continué à m’écrire. Une compagnonne agréable et loquace sur cette route sinueuse, remplie de crises d’acné post-adolescence et de garçons qui ne rappellent jamais.

Sans déconner, c’est fou la vie depuis qu’il y a internet. 

Tout ce qui est marqué dans ce gros paragraphe indigeste d’introduction, je n’ai pas eu le courage de lui dire en face, quand je me suis enfin décidée à la rencontrer, pour toi lecteur de Retard, mais aussi un peu pour moi. C’est comme ça que j’ai fait connaissance avec la meuf la plus cool de toute mon année 2013.

Alors que mon cœur avait été brisé la veille par un garçon maladroit, je crois que j’ai passé l’un des plus chouettes dimanches de ma vie autour de plats libanais hypercaloriques à débattre de Jane Austen, de Beat Generation et du manque actuel d’éclats dans les yeux de Britney Spears (une discussion que j’ai raccourcie pour toi ami lecteur, mais on peut toujours en parler en message privé).

Merci Elise Costa.

En plus d’avoir sauvé mes soirées d’étudiante ratée en langues orientales, tu as récupéré avec brio mon weekend.

Cette interview est une leçon a retenir, pour « toi qui clique et qui poke » comme pourrait dire ma mère.

Des fois, les gens sont encore mieux en vrai que derrière l’écran.

C’est toujours cool quand la vie te le rappelle. 

LA VIE DE L’INTERNET 

Tu n’as pas un parcours habituel..

J’ai fait des études de droit, un master “Droits de l’internet”. Un jour, une rédaction web, Ladies Room, m’a demandé de leur expliquer quelques trucs. Leur concept était sympa, je leur ai donc envoyé un papier qui portait sur les Suicide Girls. J’ai fini par en écrire plusieurs, ça marchait bien, alors j’ai tenté et demandé si je pouvais être payée. Ils m’ont dit ne pas avoir d’argent, mais dès qu’ils en auraient, ils penseraient à moi.

J’ai pensé “Oui, évidemment, bien sur”.

Deux mois après, ils m’appellaient pour me dire que c’était ok. Ce moment là, où d’un coup, tu es payée pour écrire, est vraiment magique. Après il y a eu un effet boule de neige, les gens te demandent des articles, tu t’améliores, tu trouves ton ton… 

Avec des études comme les tiennes tu ne voulais pas être journaliste ?

Journaliste, non, mais j’ai toujours adoré écrire. J’ai toujours aimé lire, et raconter des histoires, mais ce qui m’a vraiment sauvé, ce sont les blogs. Tu ne paies rien, tu ne t’engages à rien, et tu as une tribune libre. Si ça marche tant mieux, si ça ne marche pas, tant pis. Tu continues. Ca m’a vraiment motivée à écrire plus, et surtout, à écrire mieux. 

Comment as tu débuté ton blog ?

Je t’ai découvert je crois en 2005, dans les liens de Virginie Despentes…Oui, c’est ça, je l’ai monté en 2003 sur 20six. A l’époque on était toute une communauté, des bloggers de cette plateforme continuent d’ailleurs de se cotoyer.. C’était une super époque, et c’est là que tu sentais qu’Internet allait être GÉNIAL, on faisait connaissance des gens qu’on aurait pas l’occasion de rencontrer normalement. 

Pourquoi as tu monté un blog ?

J’avais vraiment envie d’écrire, et je trouvais très intéressant le principe du journal intime sur internet. Je pense que tout le monde a commencé son blog parce qu’ils en ont lu un qui leur a vraiment plu. Pour ma part, je suivais pas mal ceux d’américaines dans lesquels, même si certains étaient parfois très éloignés de mon quotidien, je me retrouvais à rentrer avec plaisir. 

Tu n’avais aucune ambition littéraire ou journalistique en montant un blog ?

Tu as toujours ce rêve “Un jour, j’aimerais bien écrire un bouquin”, mais pour moi c’était évident qu’il ne fallait pas que je me fasse d’illusion. Je n’y pensais pas. Je n’aurais pas non plus imaginé un jour travailler pour une rédaction. 

Tu avais aussi monté un site de potins, Pixelstar…pourquoi s’est-il arrêté ?

Manque de temps, mais aussi manque d’argent. Les photos coutent super chères. Nous on voulait juste s’amuser. C’est dommage, il y avait des trucs vraiment marrants, comme parler de Pete Wentz, sujet polémique. On en rajoutait des couches et on finissait par recevoir des mails incendiaires, de gamines de 13 ans qui finissaient par “ON VERRA SI T’AS LES COUILLES DE RÉPONDRE”. 

LA VIE DES LIVRES

  

Tu as sorti un livre en 2010, “Comment je n’ai pas rencontré Britney Spears” : tu l’as écrit vite ?

Un an, un an et demi. Mais tu sais, il y a des gens qui écrivent des bouquins en trois mois, d’autres en 10 ans, ça ne veut rien dire. Et puis j’ai eu un heureux concours de circonstance : quand j’ai commencé à travailler dessus, ma maison d‘éditions m’a contacté en me disant qu’ils avaient lu mes articles et qu’ils voulaient savoir si je bossais sur quelque chose actuellement… C’est ce qu’on peut appeller avoir de la chance. 

Comment t’es venue l’idée ?

J’avais vraiment envie de tester le long format. Britney c’est un sujet que je connais bien, et qui me plaisait assez pour passer du temps dessus. Un peu comme une thèse. (S’en est suivi une longue discussion sur Britney Spears, la rupture de ses fiançailles et ses extensions de cheveux qui sont, et tu seras d’accord avec nous lecteur de Retard, un peu pourritos) 

Tu as d’autres projets de livres en cours ?

J’aimerais bien, mais comme je te disais, c’est l’idée qui est la plus difficile à trouver. Il te faut un sujet qui te passionne vraiment. Je voudrais tenter la fiction, mais je suis tellement rentrée dans ce truc de reportage que j’ai du mal à créer quelque chose en partant de rien : la réalité est parfois tellement plus intéressante… 

Tu es une grande lectrice : comment choisis tu tes livres ?

C’est très dur de choisir un livre. Personnellement, je n’ai pas encore trouvé mon “book buddy”, la personne qui va me conseiller des ouvrages qui vont me plaire à chaque fois. Mais j’ai une espèce de club de lecture : on lit les bouquins à quelques semaines d’intervalle, et après on en discute. On est d’accord sur certains trucs, sur d’autres on en débat… J’adore ça. Quand tu écris, ce qui a plu chez un lecteur peut aussi t’aider à t’améliorer en tant qu’auteur. 

Tu arrives à abandonner un livre ?

Sans problème. J’ai beaucoup d’amis qui néanmoins commencent des livres, les trouve pourris, et persévèrent. Pourquoi s’infliger ça ? Je lui donne 100 pages pour me captiver. Quels sont les sujets qui t’intéressent en littérature ?Je suis pas trop romance. J’aime bien les détectives privés, les gros dégueulasses et les gens qui se droguent, héhéhé. Tous les trucs un peu « sensible », je me rends compte que ça m’ennuie assez rapidement… 

Y a t’il des auteurs que tu n’aimes pas ?

Tout le monde crache sur Amélie Nothomb, mais elle a fait quand même de très bons bouquins. Par contre, Paolo Coelho… tu as vu son twitter ? Son wallpaper, ce sont les différentes traductions de son livre… Complètement mégalo. 

Tu penses qu’on file des trucs nuls aux gens parce qu’ils les réclament ou c’est parce qu’ils les réclament qu’on leur file des trucs nuls ?

Je trouve que c’est un peu des deux. C’est vrai qu’il faut flatter les bas instincts. Le problème, c’est que certaines personnes ne regardent et ne lisent que ça. Quand j’étais à Bugarach pour la fin du monde, j’ai eu cette conversation avec des journalistes. Ils me disaient que les téléspectateurs ne comprenaient pas pourquoi ils étaient envoyés là-bas, mais que, si ils n’y allaient pas, les mecs râlaient aussi…Tu te dis qu’il n’y a pas de bonne solution. 

LA VIE DU JOURNALISME 

Il faudrait mélanger des trucs légers avec des trucs profonds, pop culture et philosophie…

Je l’avais fait pour Glamour, j’avais écrit un papier “Lady Gaga est-elle nihiliste ?” J’avais bien aimé l’écrire, mais je ne sais pas si ça avait marché. Mon grand plaisir, c’est de traiter des sujets ultra futiles mais très sérieusement ou l’inverse. Et le people s’y prête parfaitement comme sujet. Quand tu vois Lindsay Lohan, c’est une mine d’or : c’est fascinant de s’interroger sur le personnage… 

Tu habites à Toulouse : c’est pas difficile d’être journaliste sans être à Paris ? (ndlr : la question de connasse, j’étais bien obligée)

J’aime bien venir à Paris, mais je ne me vois pas y vivre. Je passe quand même régulièrement rappeler que je ne suis pas qu’une adresse mail. Yen a marre de se dire que tout se passe à la capitale. Il se passe des trucs en Province. Et puis, travailler à distance, c’est un peu ma fierté. Je me dis que si je suis encore publiée, c’est parce que mes papiers sont considérés comme bons, alors qu’à Paris résident pas mal de journalistes moyens qui possèdent la seule qualité d’être sur place. 

Comment fais tu pour travailler pour différentes rédactions ? Tu as envoyé des articles ?

Ca n’a JAMAIS marché quand je l’ai fait. Les mecs ne te répondent pas. Quand ce sont des rédactions que tu ne connais pas, envoyer un CV et un article, ça ne fonctionne pas. Pour ma part, à part pour Slate ou je savais que le rédacteur avait déjà lu mes textes et à qui j’ai proposé qu’on travaille ensemble, ce sont toujours les gens qui sont venus me chercher. Ce sont des processus qui marchent (malheureusement) pas mal au bouche à oreille… 

As tu des projets ?

J’aimerais faire un road trip en France, un peu comme la série Americana que j’avais écrit pour Slate. Quand tu voyages un peu intramuros, tu comprends rapidement pourquoi on attire autant de touristes. Et puis c’est ce que je te disais précédemment, j’aimerais bien montrer que tout ne se passe pas à Paris, et qu’il y a des gens intéressants partout. Il suffit de partir à leur rencontre. 

Moi je suis contente de l’avoir fait en tout cas ce dimanche.

Plein de bisous Elise Costa. 

Son blog

Ses trouvaillles d’internet chaque semaine chez Madmoizelle 

Et j’espère que tu avais reconnu la référence à cette magnifique chanson de Matt Houston dans mon titre. Un bisou si tu me sors le titre. 

Marine

Leader Autoritaire
Marine est née en 1986 et vit avec un petit chien trop mignon. Après avoir joué avec des groupes de filles ultra classes d'après les autres membres (Pussy Patrol/Secretariat/Mercredi Equitation), elle gagne sa vie en écrivant sur des sujets cools et se la pète déjà un peu. Ca ne l'empêche pas de traîner en pijama dégueulasse le dimanche en essayant de twerker mal sur du William Sheller. L'AMOUR PROPRE C'EST DÉMODÉ OKAY.

Anna Wanda

Directrice Artistique et illustratrice
Anna est née en 1990 et se balade avec un collier où pend une patte d'alligator. Graphiste et illustratrice particulièrement douée (sans déconner), elle n'est pas franchement la personne à inviter pour une partie de Pictionnary. Toujours motivée et souriante, c'est un rayon de soleil curieux de tout et prêt à bouncer sur un bon Kanye West, tout en te parlant de bluegrass. Par contre, elle a toujours des fringues plus jolies que toi. T'as donc le droit de la détester (enfin tu peux essayer, perso j'y arrive pas). SON SITE PERSO: http://wandalovesyou.com