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lundi, 19 octobre 2015

SUR LA MARGINALITÉ

Par
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Je n’ai aucune honte à dire que je ne fous rien. En fait, j’en suis très fière.

Ce n’est pas donné à tout le monde de ne rien foutre à ce point-là.

Je pense que la plupart des gens, s’ils étaient à ma place, auraient déjà craqué. Rongés par la honte, la culpabilité et l’ennui, ils auraient signé pour ce que je conçois comme le premier stupide travail de vache esclave, au bout d’un mois.

Personnellement j’aime encore mieux manger de la soupe à l’eau que de travailler. Les emplois qu’on me propose sont du ressort de l’absurdité et ne justifient pas qu’on y dévoue une existence…

Cela engendre effectivement de la solitude, dit « isolement » pour les personnes âgées, qui elles, au moins, peuvent passer des journées entières à se remémorer les bons souvenirs de leurs loyaux services sur terre en se suçant les dents. Dans mon cas, on a vite fait le tour.

Donc, la pauvreté, la claustration et l’oisiveté en pleine conscience, sont bel et bien un mode de vie; en écartant la drogue, la rue, les chiens drogués des rues et le couvent.

Voici mes modestes conseils à tous les glandeurs. A ceux qui ne peuvent pas se payer de grandes vacances, qui pointent au ÈRRE-ET-ÇA, qui sont « au dessus de ça » et à tous les petits génies qui attendent le succès en buvant de la Atlas de bon matin.

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Premièrement, comment ne pas glisser, doucement mais sûrement, dans la dépression ?

Si vous vous sentez concerné par cet article, c’est que vous vivez probablement dans un endroit à la hauteur de votre budget : dans la cave de votre grand-mère en lointaine banlieue parisienne, au fond d’une mare ou sous un évier. Bref, un endroit où tout est possible sauf le « shopping » et « sortir ».

Vous reste alors, selon les grands penseurs de votre quartier : l’alcoolisme, la folie, la dépression.

Ils se trompent bien car il y a un milliard de choses palpitantes et pas déprimantes à faire. Même si, c’est probable, qu’on vous retrouve parfois tout nu par les chemins, hurlant des prophéties sexuelles, bituré comme Saint-Antoine jouant à la marelle avec un démon. N’ayez crainte des quand dira-t-on. Amusez-vous !

Comme dirait Tonton Patrick en mâchonnant sa tranche de rôti de porc, on n’a pas toujours ce qu’on veut dans la vie/on fait pas ce qu’on veut dans la vie/la vie c’est pas pour rigoler. Ecoutez bien ces considérations affligeantes de frustré-du-cul, et appliquez-les à l’inverse.

 Si vous sentez néanmoins que jour après jour, une persistante mélancolie vous pousse à devenir cynique, je n’y peux rien, je ne suis pas assistante sociale. Courez au CMP, c’est gratuit.

Alors que faire de mes journées ?

La vie est formidable. Elle est assez longue pour vous laisser le temps d’accomplir quelque chose de vrai. Par VRAI, j’entends qui n’a aucun rapport de prés ou de loin avec l’esclavage et qui vous rend heureux.

Si vous croyez la vie trop courte c’est que vous n’avez pas passé assez de temps seul comme une âme en peine à trainer les rues en attendant un jour meilleur. C’est que vous n’avez jamais compté les minutes qui vous séparaient du lever du soleil. C’est que vous n’avez pas contemplé le vide suffisamment longtemps pour voir qu’il grouille.

La vie est formidable parce qu’elle bouge tout le temps. Rien n’est figé, tout change. Juste de s’assoir et d’observer cela peut vous tenir quatre saisons.

Quand vous aurez bien compris ce qui ce passe autour de vous, quand vous aurez compté chaque espèce vivante qui rampe dans votre salle de bain, que vous connaitrez leurs noms et qu’elles seront devenu vos amis, quand vous aurez convenablement observé le ciel et les astres pour pouvoir prévoir la météo, l’horoscope et les catastrophes naturelles, quand vous vous serez masturbé avec tout ce qu’il est possible de rentrer ( et surtout de sortir ) de votre corps, vous serez sans doute prêt à accomplir quelque chose de vrai.

Avoir une vie sociale : est-ce vraiment important ?

Si c’est pas triste de se poser ce genre de questions.

Supposons que durant votre temps libre vous vous êtes lié d’amitié avec toutes sortes de créatures réelles ou imaginaires, il vous sera difficile d’aller boire « un » verre samedi soir avec une bande de potes sympas, dans un petit bar plaisant et de les écouter déblatérer sur leur vie sympa.

A un moment vous essayerez d’ intégrer la conversation et vous passerez pour une personne dégénérée, franchement bizarre et carrément limite. Tout le monde vous regardera avec des yeux de merlan frit, on s’y fait.

Si un membre de l’audience est attiré par ces traits de caractère et commence à vous poser des questions, fuyez. C’est sans doute un de ces mort-vivants en manque de sensation forte, un médiocre individu qui voit en vous de la poésie à la mords-moi-le-noeud ou un commercial qui a raté sa vocation de clochard céleste. Attention, ce genre de personne peut tomber amoureuse de vous et devenir COLLANTE.

Alors quel type de rapport dois-je entretenir avec mes congénères ?

En deux mots, baise et bagarre seront votre salut.  

Le sexe est le meilleur moyen de vous défoulez, de vous faire des amis et d’affirmer ouvertement votre engagement pour la cause.

Avec un peu de chance vous pourriez tomber sur le « grand amour » mais c’est un autre chapitre et attention tout de même à ne pas trop se laisser aller : la naissance d’un petit compromettrais vos ambitions.

Quand à la bagarre, c’est EXACTEMENT la même chose.

Voilà c’était mon avis sur le sujet.

Adèle Beaumais

Adèle est née en 1992 et je suis super jalouse parce qu'elle possède une collection de tasses à café de la Reine d'Angleterre. Diplômée de l'ENSAD en image imprimée, elle est dorénavant illustratrice et sert aussi des bières à la SMAC de Rouen, le 106. Elle rêve d'avoir un bateau pour vivre dessus, et t'inquiète que si ce jour arrive, on la motivera de ouf pour monter des croisières Retard. PRÉPARE TOI A NOUS VOIR RABOULER ADÈLE.