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lundi, 21 janvier 2013

TRAVAIL, FAMILLE, PIRATERIE : Le SKINJACKIN

La team Paris nous a généreusement skinjacké pour l’occasion, méga gros kikou-big up-merci les gars!

Charly, je l’ai rencontré le soir d’une de mes plus grosses cuites à Montréal. Je ne me rappelle pas vraiment de nos premiers échanges, mais c’est rapidement devenu un très très bon copain. Normal, c’est le mec le plus cool, fiable et futur-génial-papa de la terre. Dans la vie il a longtemps travaillé dans le dessin animé, avant de devenir créateur de jeux vidéos. On a au moins un point en commun tous les deux: L’hyper-activité. Alors le dimanche, quand tu traînes la morve au nez jusqu’à 16h en pyjama, Charly a déjà fait un footing, préparé le brunch pour sa douce et envoyé 15 mails aux 3 coins du monde pour gérer un collectif de types qui font des dessins et jeux de mots débiles sur la peau des gens. J’ai nommé le SKINJACKIN! 

Le Skinjackin c’est une bande un peu foufifolle, implantée à Bordeaux, Paris et Montréal, composés de graffeurs, graphistes, bédéistes, illustrateurs, tatoueurs, sérigraphistes, branleurs sans frontières, dont le point commun doit se trouver quelque part entre le talent et la grosse marrade. Quand on voit leurs oeuvres pour la première fois en photo on pourrait se dire « Purée, stylé le décalco sur le buste de Danièle! ». Sauf que tout ça, c’est de la peinture à l’eau, la magie d’un truc qu’on t’a dessiné sur la peau rien qu’une fois, rien que pour toi, le temps qu’une douche ou la transpiration n’aient raison du chef-d’oeuvre. Le Skinjackin n’existe que dans la performance, et ne perdure que par les photos ou vidéos, ils ont juste refourgué les murs de ta ville contre un peu de chair fraîche.

Pas cons les types. 

Récapitulatif avec le capitaine de l’équipe de Montréal. 

Kikou Charly, une entrée en matière toute simple : Revenons aux origines du Skinjackin…..

Le collectif est né d’une envie simple de dessiner sur des gens pendant des soirées. En 2009, on était alors trois artistes sur Bordeaux et on a commencé à se brancher avec des petites soirées dans des caves pour venir taguer sur la peau des gens. Au début c’était vraiment pas organisé ni très réfléchi, on peignait un peu n’importe quoi, des trucs très tattoos old school, du graffiti ou juste des personnages… et puis un de nous trois a collé un gros « JESUS TE BAISE » (la phrase du film l’Exorciste) en bubble rose et blanc sur le décolleté d’une des filles de la soirée. Et là on s’est dit : « ok, soit on vient de faire une grosse connerie, soit on vient de trouver un truc VRAIMENT marrant… ». Et bien entendu on est partis sur cette lancée. Du coup on a créé le collectif avec une mission simple : ne jamais demander leur avis au public et SURTOUT leur peindre le truc le plus débile et décalé possible. On s’est donné un nom et un côté pirate pour bien soutenir l’idée qu’on voulait garder ça simple, indépendant et un peu sauvage. On s’est retrouvé à mi-chemin entre les Bubble Girls de Tilt et l’absurde d’Adventure Time (video ci-dessous). En fait, on a un peu grandi comme les hackers d’Anonymous, en faisant des trucs débiles qui servent à rien, complètement désorganisés et chaotiques par volonté à 90%, et en train de vraiment toucher à quelque chose de nouveau et d’excitant à 10%… c’est la recette qu’on aime et qu’on continue de peaufiner.

Bon, des dessins sur la peau on peut en trouver partout, comment je reconnais un vrai Skinjackin?

Déjà y’a les couleurs. On utilise des marqueurs Posca à base de peinture à l’eau. Ça s’en va très facilement mais surtout ça donne des couleurs hyper flash, des aplats bien clean et des contrastes forts. Du coup tu peux être sûre qu’entre le body-painting classique au pinceau où tu peins les nichons de ta tante en motif léopard, et nous, tu vois direct la différence ! Ça offre également une unité chromatique et visuelle au collectif : quelque soit le style du pirate, il a les mêmes contraintes que le reste de l’équipage, ils peuvent donc se mélanger, dessiner ensemble sans qu’on en ait un qui fasse de la mosaïque et l’autre du cubisme. Après, il y a forcément le sens du tattoo… si tu vois pas des dauphins tranchés en deux ou une tête de mort sans bite qui sort de l’oeil, ben c’est que c’est pas nous.



Vous êtes dispersés aux 3 coins de la planète, comment fonctionnent les équipes?

Chaque team est dirigée par un Capitaine et son lieutenant. Ils ont le choix de recruter qui ils veulent pour constituer leur équipage, par contre ce sont eux les gardiens de la bonne direction que ça prend (et que soudain le collectif se transforme pas en stand de maquillage pour enfants). Une fois dans le feu de l’action, chaque pirate a carte blanche sur ce qu’il peint. Nous on fait tout pour le mettre dans les meilleures conditions possible, on deale avec nos clients pour qu’il ne subisse aucun véto sur ce qui sera peint. Et puis on garde l’intervention toujours gratuite pour le public : de cette manière, personne ne peut se plaindre et nos pirates ont la voie libre pour faire le truc le plus grotesque ou vilain possible.

Avez-vous eu affaire à d’autres collectifs de body-painting ou copieurs du concept?


Il faut toujours rendre à César ce qu’il y a dans la salade Caesar. Et du coup, soyons honnêtes, on a pas inventé le body-painting. Ni même l’idée d’aller dans des soirées branchées pour dessiner sur des inconnus. En France cela existait depuis quelques années à travers le 9eme Concept. Leur idée était intéressante, ils emmenaient leurs artistes à travers la France se pratiquer dans des clubs en proposant aux gens un catalogue de visuels plutôt sympas, assez esthétique. Par contre, c’était plus proche du « service ». On connaissait bien les gars du 9eme Concept, on aimait l’idée, mais le côté « on va au boulot, samedi soir on a un quota, faut faire 4 dragons et 5 tattoos maori » ça ne nous tentait pas du tout. Du coup on a repris l’idée mais avec une version plus trash-pirate-rien-à-foutre qui nous collait mieux. Depuis il se trouve qu’on a même des gars du 9eme qui sont venu peindre dans le Skinjackin. Donc la boucle est bouclée.

 

Session 2009, collector

C’est quoi la vie d’un capitaine du Skinjackin?

Ben du coup c’est quand même pas mal de responsabilités. Chaque capitaine gère ses matelots, s’assure qu’ils s’arrachent pas les yeux, qu’ils donnent leur meilleur quand ils viennent peindre, etc… Par contre en échange, on est les papas de ces équipes et il y a une vraie fierté qui s’en dégage. On monte notre équipe, on la fait grandir, on se tire la bourre avec les équipes des autres villes et il y a une vraie fraternité quand on se rencontre tous, un peu comme un vieux gang de motards. Un petit côté chevaleresque qui fait du bien.


Du coup, j’ai l’impression que vous intervenez sur des évènements complètement différents.

Oui, on va partout où il y a des gens. On a forcément tendance à souvent être engagés par des clubs ou des salles de concert, il y a un côté night/décalé/m’as-tu-vu qui colle bien avec ces endroits là. Par contre on ne s’est jamais interdit d’aller voir ailleurs, au contraire : on a peint des marmots pendant un gouter de dimanche après-midi d’un festival punk, on a été invités par le Centre Canadien d’Architecture pour animer une de leur expo, on a également fait des opérations spéciales où on envahissait une laverie pour peindre les gens qui attendaient leur linge ou pour un barbecue dans un parc… bref, on attend encore une mission dans une maison de retraite et une sur des animaux de la ferme et je pense qu’on aura été pas mal polyvalents.

Des souvenirs à nous conter ?

Une fille qui me propose ses seins au milieu d’un nightclub à 4h du mat / un de mes pirates qui me vomit à moitié dessus en plein tattoo / 4 jours tous frais payés avec ma team à Toronto, invités par le festival Juste Pour Rire = priceless.


Quels sont vos projets foufous pour la suite?

L’un des objectifs de 2013 sera de créer des équipes dans de nouvelles villes. Cela fait maintenant 4 ans que le collectif existe, on a vraiment réussi à creuser notre place et à trouver un vrai système organisé pour pas dévier de la route initiale, mais toujours assez ouvert pour garder ça cool et simple. La prochaine étape c’est effectivement de développer des équipes un peu partout dans le Monde. Quand j’ai immigré au Québec et créé l’équipe Skinjackin Montréal, ça a apporté un vrai souffle neuf au collectif : c’est une autre culture, un autre public, ça relance les dés et créé de nouveaux challenges. Du coup on vise en ce moment des villes comme Barcelone, Amsterdam ou Los Angeles. On pense que ça peut être de super viviers pour de nouveaux pirates. Mais la première étape est de trouver un capitaine et ça c’est pas simple (Catherine Laporte, si tu me lis, j’attends toujours ta réponse :) ).
L’autre gros projet c’est un bouquin. En quelques années on a accumulé des centaines de photos et tatoué plus d’un millier de connards. Du coup il serait temps qu’on couche le best of sur papier glacé au cas où Facebook explose un jour et emporte avec lui toutes nos oeuvres. Pour une pratique éphémère comme la nôtre, c’est le passage à la noblesse de pouvoir se fixer sur un support, on a donc vraiment hâte.

La playlist d’un bon pirate :
« Paint it black » des Roro et « Now that we are men » du film Bob l’Eponge

Bob L'éponge - Now that we are men / cover :)

RETARD → Magazine - Bob L'éponge - Now that we are men / cover :)

Et les tatoueurs, tu sais ce qu’ils pensent de vous?

Pour la plupart – jusqu’ici – ils nous détestent. On représente par principe tout l’inverse de ce qu’ils défendent : on ne fait QUE de l’éphémère, même pas trendy, surtout pas old school et on mélange n’importe comment les couleurs ! Donc bon… mais dans le fond, je pense qu’ils sont juste un peu jaloux parce qu’on a justement trouvé le petit entre-deux qui nous permet de ne pas avoir à tatouer des elfes ou des dauphins sur des culs ramollis, mais en même temps de pouvoir se lâcher et tatouer la tête tranchée de Lady Gaga sur un décolleté si on veut.

C’est la fin, balance moi la question de rêve que tu aimerais qu’on te pose.

J’en ai pas vraiment en tête, mais 
je peux te donner la « question cauchemar » avec plaisir :  »Eh, tu pourrais me dessiner un visuel pour un vrai tattoo ? » – beurk, dégueulasse… t’es viré, direct.

Merci Charly !

Retrouvez-en toujours plus sur

Leur site Leur Facebook 

Leur blog porno (du grand génie)

Et le Twitter  MAIS C’EST PAS FINI GAMIN!

La team Paris sera là pour tatouer ton épiderme le 25 Janvier à l’occasion de la WE ARE 90S au Parc des Expositions Porte de Versailles ! (oui tu as bien vu sur le flyer, il y aura COOLIO en concert !!)

Ophelie

Ophélie est née en 1988 et un super putain de vélo. Leader de groupes de filles aussi ultra classes ( Fury furyzz et Mercredi Equitation), la jeune donzelle au casque d'or dorénavant chroniqueuse radio et constellée de tatoo fait parfois un peu flipper. Elle crie fort, quand même. Mais au cas où, rappelle toi ces propos: elle fait les soldes chez Jennifer, et possède la larme facile à l'écoute d'un bon vieux titre de son cd de dance machine 2001. Un coeur en chamallow on t'a dit.