RETARD → Magazine

vendredi, 13 janvier 2017

Treize 13 : L’as de trèfle qui pique son coeur

Par
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Si tu connais pas Treize, ça débute ici

Si tu es à la bourre le dernier épisode se lit ici

Je crois que j’ai la bouche ouverte, je n’arrive pas bien à appréhender là tout de suite la forme de mon visage, mais je vais le écrire comme étonné et déconcerté. Dans ces moments-là, quand j’ai l’air surprise, je voudrais avoir la grâce de Monica Bellucci mais on ne va pas se mentir, je ressemble plus souvent à Clovis Cornillac à l’époque où il avait de petits rôles dans les comédies produites par TF1. Là, clairement, c’est un moment 1OO% Cornillac. Figée dans le froid, crachant un nuage blanc comme un train à vapeur à l’arrêt, j’ai l’impression qu’Alliage avait raison. Et c’est le temps qui court, court, et qui nous rend sérieux et qui ne me donne pas le temps de construire dans mon cerveau une phrase censée à prononcer après la déclaration de V.

Le temps qui court

RETARD → Magazine - Le temps qui court

Quand il remonte enfin ses yeux lagons vers moi dans l’attente d’une réaction je finis par réunir mes esprits et sortir un truc aussi fort et puissant que

- Mais de qui ?

BRAVO

C’EST FIN ÇA MARINE, BRAVO.

Alors que je sais pertinamment la réponse, je ne suis pas une débile, je les ai vu les téléfilms sur M6 l’après-midi quand je sèche le collège parce que je suis malade, les garçons font souvent leur déclaration comme ça, genre dans la neige, le froid, la nuit. Après il va s’approcher et me plaquer contre la clôture branlante, faudra que je fasse bien gaffe à ne pas faire de trous dans mon pull , à bien le fixer les yeux dans les yeux ET À BIEN LES FERMER QUAND IL M’EMBRASSE. Non mais sérieusement, elle est stupide ma question, si il m’en parle ça ne peut être que moi, faut être débile pour en parler à quelqu’un…

-De Caroline.

HEU PARDON

J’AI PAS BIEN ENTENDU LA

-Hein ?

-Ouais, je n’arrête pas de penser à elle, tu la connais un peu toi, c’est quand même une pote de Gaëlle, vous étiez copines l’année dernière non ? Tu penses que je lui plais ?

Et là, comme les bêtisiers de fin d’année, ça tombe bien, on est en décembre, je revois toutes les fois où je pensais que ce blaireau me matait. Toutes. Les. Fois. Et à chaque petit film que j’avais précieusement archivé dans mon cerveau malade avec la date, l’heure et la façon dont j’étais habillée, je m’aperçois que je suis constamment dans l’angle mort de Caroline. Des fois devant, des fois derrière, des fois à côté, Je pensais que c’était elle qui photobombait ma trop belle relation en devenir, ce hareng aux faux airs d’adolescente, et non. La meuf reloue en arrière-plan qui gêne, c’est bibi dans toute sa splendeur.

Cette grande demeurée à l’œil torve me colle parce qu’elle n’a personne avec qui trainer (et faire ses exposés) et que moi je suis une gentille, toi-même tu sais, passion cathé. Du coup depuis la rentrée avec Sandra on se la balade comme un poids mort, et là, saloperie, ce boulet dévale dans l’allée de mon cœur et fait un strike avec mon coup de foudre.

Caroline, cette fille qui a autant de personnalité qu’un pantalon Pimkie comparé à un autre pantalon Pimkie.

Caroline, qui a une mèche plus courte qu’elle se remet toujours derrière l’oreille comme toutes les pauvres meufs qui ont une mèche plus courte, SÉRIEUSEMENT, VOUS POUVEZ PAS JUSTE LA FAIRE REPOUSSER COMME VOS AUTRES MÈCHES DE MERDE ET ARRÊTER DE LA JOUER PETIT CHAT LÀ

ÇA M’ÉNERVE

Caroline, la fille qui parle tout bas en cours et du coup c’est chiant parce qu’on doit toujours la faire répéter.

Caroline, qui porte déjà du beige et qui en portera toute sa vie, surtout à 35 ans quand elle gagnera sa vie comme chargée de projet.

Caroline, qui n’a d’opinions sur rien ni personne, aussi molle que les seins en plastique qu’on met dans les soutifs quand on est plate comme Caroline.

Et là, alors que j’ai juste envie de me barrer en courant en maudissant l’injustice, les épreuves de la vie, merde, QUAND MÊME, Caroline, merde, il mérite mieux que Caroline, le monde mérite mieux que Caroline, même une partie de Caroline mérite mieux que Caroline, je vois des paroles que mon petit cœur et mon petit cerveau ont essayé de retenir péniblement mais qui filent tout droit vers ma bouche pour s’échapper et se jeter dans le vide pour un

- Bien sur, je peux essayer de me renseigner, vous seriez trop mignons tous les deux !

MAIS FAITES-MOI TAIRE

J’imagine alors mon cœur et mon cerveau avec leurs mains sur les yeux, consternés. Je serais eux je ferais pareil et je lâcherais l’affaire, laissant mon enveloppe corporelle à son bon vouloir.
Normand, Démission.
Je reste là, en veille, dans ce corps qui ne sait pas si il doit bouger ou s’empaler sur la clôture en attendant janvier.

Non mais pitié, qu’on en finisse.

Lui sourit. Je le vois, les rayons des luminaires des lampadaires de la rue se reflètent sur son appareil dentaire. Il a l’air tellement content que je le sens, on pourrait se faire une accolade de vrais copains et je pourrais m’approcher pour sentir son Scorpio de près, de vraiment près. Il hésite pourtant, même si il n’y a plus personne devant le collège. Comment lui en vouloir, ce serait tellement gênant. Et là, parce qu’on ne peut pas se prendre dans les bras, parce qu’on a treize ans, parce qu’il n’est pas bête, il doit le savoir que je suis amoureuse de lui, le fait de me parler de cette grande carafe de Caroline ça doit m’aider à prendre de la distance et me dire que c’est mort.

Il appuie ce silence avec une grosse tape dans l’épaule.

Vraiment, celle qu’on donne encore trente ans plus tard après une victoire de sa pouliche au PMU, la bien virile des vrais copains.

Je fais face parce que NO WAY je chiale devant le bahut. Je sors mon plus beau visage crispé dans une fausse joie, le même face que Chandler Bing quand il se fait prendre en photo et puis je prétexte que je dois aller aider ma mère. On se souhaite joyeux Noël comme des débiles avant qu’il ne prenne le bus,

-BON NÉNÉS MARINE

Bah ouais ducon, BON NÉNÉS, haha, drôle, on se marre vraiment trop comme des copains va.

Il commence à neiger, des énormes flocons, censés camoufler ma tristesse.

Alors que j’essaie d’avancer péniblement sur le trottoir, genre je fais ma Passion du Christ là, entre deux gros gros sanglots de petite meuf avec le cœur brisé qui ne s’en remettra jamais, prête à marquer « POURQUOI » dans la neige, comme si ça pouvait servir à réguler l’intensité qui parcourt tout mon être,

Je me rappelle qu’il y a souvent un élément perturbateur dans les téléfilms de M6 avant que les personnages principaux finissent ensemble, et je fous toutes mes futures étrennes de l’an 2000 que dans mon histoire, cet événement relou porte le visage de Caroline.

Caroline

RETARD → Magazine - Caroline

Compte là-dessus, morue.

hop hop la suite

Marine

Leader Autoritaire
Marine est née en 1986 et vit avec un petit chien trop mignon. Après avoir joué avec des groupes de filles ultra classes d'après les autres membres (Pussy Patrol/Secretariat/Mercredi Equitation), elle gagne sa vie en écrivant sur des sujets cools et se la pète déjà un peu. Ca ne l'empêche pas de traîner en pijama dégueulasse le dimanche en essayant de twerker mal sur du William Sheller. L'AMOUR PROPRE C'EST DÉMODÉ OKAY.

Anna Wanda

Directrice Artistique et illustratrice
Anna est née en 1990 et se balade avec un collier où pend une patte d'alligator. Graphiste et illustratrice particulièrement douée (sans déconner), elle n'est pas franchement la personne à inviter pour une partie de Pictionnary. Toujours motivée et souriante, c'est un rayon de soleil curieux de tout et prêt à bouncer sur un bon Kanye West, tout en te parlant de bluegrass. Par contre, elle a toujours des fringues plus jolies que toi. T'as donc le droit de la détester (enfin tu peux essayer, perso j'y arrive pas). SON SITE PERSO: http://wandalovesyou.com