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jeudi, 30 mars 2017

TREIZE (+5) 20 : tendres web-amitiés

Par
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Treize est un roman feuilleton qui a commencé ici.

Si tu es à la bourre le dernier se découvre par là 

Depuis quelque temps, ma seconde en fait, je rediscute avec mon amie Charlotte, et ça me fait bien plaisir.

Charlotte et moi nous nous connaissons depuis l’école primaire. Ca a toujours été ma meilleure amie en même temps que ma rivale, parce que je suis une conasse et que les conasses pensent comme ça. La même compétitivité qu’entre Mel B et Geri des Spice Girls, toi-même tu sais. Depuis notre année de CE2, nous avons les mêmes notes (c’est pas vrai, elle était bien meilleure que moi mais bon on avait des bonnes notes), le même genre de physique, celui qui dépasse tout le monde de vingt bons centimètres, et les mêmes ambitions. Charlotte était aussi parfaite que j’étais tarée, elle rigolait à mes vannes et moi j’étais subjuguée par cette fille qui réussissait tout parfaitement alors qu’il y avait toujours des tâches et un truc bringuebalant dans mes réalisations. Ses parents avaient l’air de ceux des feuilletons, prévenants avec une tarte au pomme sur la table pour le gouter, tandis que les miens tenaient un cabaret au fin fond de la touraine et me filait des t-shirts Jack Daniels qu’ils recevaient de fournisseurs pour me faire des pijamas.

OUAIP, j’étais la meuf qui avait une banane à billes Malboro, un pijou Jack Daniels et une casquette Ricard pour la classe verte. Je peux te dire qu’en école privée, ça te pose un personnage.

Au collège, Charlotte et moi, on a arrêté de se parler. Je crois que ma jalousie a tout fait foirer. Elle fait toujours les choses tellement bien qu’à côté j’ai l’impression d’être le vilain petit canard, la copine moyenne, et ça mon petit père, PLUTÔT CREVER QUE D’ÊTRE MOYENNE. Et puis au collège, Charlotte avait pas trop la côte. Je pense que plein de gens étaient jaloux de cette meuf qui savait où elle allait, et comment il fallait faire pour y aller, tandis que la plupart d’entre nous ne savaient même pas si ils préféraient la doudoune Helly Hansen en beige ou en bleu marine.

Du coup j’ai fait comme les autres, je l’ai laissée lachement tomber, préférant des amitiés légères et sans prise de tête plutôt que celle qui t’a fait grandir. T’as pas envie d’avoir une personnalité, en sixième, t’as juste envie d’être appréciée. J’en suis pas spécialement fière, et quand j’ai débarqué dans le sud pour mes années lycée (on y reviendra, t’inquiète pas) je me suis dit que je devais reprendre contact avec elle. Ça me paraissait évident, je pouvais pas foutre une amitié en l’air comme je le faisais régulièrement. Et on s’est reparlées du jour au lendemain comme ça, comme si il ne s’était rien passé, alors que je garde en moi ce sentiment de honte qui me ronge depuis pas mal d’années. T’as beau avoir été drivé par tes hormones, tu ne peux pas tout te pardonner.

Quand j’ai pensé monter à Paris à la fin de mes études, Charlotte a dit qu’elle avait le même projet. On en avait parlé souvent, quand nous étions enfants, de cette vie parisienne qu’on s’imaginait un peu comme les personnages de Friends, une colocation immense à travailler dans des secteurs fascinants. Elle s’était découvert une passion pour les arts, moi pour le japonais, on se retrouverait sur les trottoirs du Faubourg Saint Honoré et on deviendrait les Catherines Deneuve et Florence Dorléac de la capitale, le fait qu’on soit pas des soeurs jumelles en moins et que le rose ça me boudine GRAVE.

On se parle souvent sur internet, et elle m’a présenté un de ses potes, Frédéric, un mec trop sympa, qui est devenu un ami du web maintenant, avec qui je chatte quand je rentre de soirée, ou avant de partir me prendre des cuites historiques. C’est bizarre ces amitiés garçon ou fille ou il y a zéro sous-entendu. Frédéric et moi on est potes, on se téléphone parfois pour se raconter nos galères amoureuses, on fait des blagues, c’est une amitié tellement simple qu’elle pourrait presque en être suspicieuse. Sauf que non.

Frédéric était aussi dans le même collège que nous, mais il a débarqué tard et trainait avec Charlotte, que je ne voyais plus, donc je n’ai aucun souvenir de l’avoir croisé dans les couloirs, trop occupée mentalement par mes histoires inexistantes et merdeuses avec des garçons à qui je ne disais rien.

Il fait aussi ses études à Tours, et des fois, juste des fois, quand je rentre vraiment trop saoule et que je le vois connecté sur MSN Messenger, j’ai envie de lui demander si il a entendu parler de V. J’ose pas pourtant. Il y a quelque chose qui me bloque, le fait de passer pour une idiote, une fille qui n’a pas oublié un garçon alors que ça fait quatre ans qu’elle n’a plus de nouvelles. C’est comme ça que je fonctionne et c’est idiot mais j’y arrive pas. Je tape la question dans MSN Messenger et puis je l’efface, même à cinq grammes. Je suis tétanisée.

J’ai envie de savoir, mais il y a un truc qui m’en empêche. J’ai essayé d’aborder le sujet avec Charlotte, mais elle me dit qu’elle a coupé les ponts avec tous les gens qui pouvaient lui rappeler le collège. Comment lui en vouloir. Il n’y a que moi qui vit encore dans cette utopie qui sent le Yves Rocher fruits rouges et qui me procure les mêmes sensations qu’un pull DDP reçu à ton anniversaire. Je me love dans cette nostalgie et ce « c’était mieux avant » qui m’arrange, évidemment.

Ça pourrait faire une belle histoire pourtant. Comme j’ai réussi à ressusciter cette amitié avec Charlotte, je pourrais peut-être faire revivre ce qu’il y avait entre nous, non ? Je n’ai besoin que d’avoir son contact, et je suis sure que Frédéric doit savoir ce qu’il est devenu.

Faut juste que je trouve le courage de lui demander. Après tout qu’est ce que j’ai à perdre ?

Le respect ? Ça fait longtemps que je lui ai échappé.

Marine

Leader Autoritaire
Marine est née en 1986 et vit avec un petit chien trop mignon. Après avoir joué avec des groupes de filles ultra classes d'après les autres membres (Pussy Patrol/Secretariat/Mercredi Equitation), elle gagne sa vie en écrivant sur des sujets cools et se la pète déjà un peu. Ca ne l'empêche pas de traîner en pijama dégueulasse le dimanche en essayant de twerker mal sur du William Sheller. L'AMOUR PROPRE C'EST DÉMODÉ OKAY.

Anna Wanda

Directrice Artistique et illustratrice
Anna est née en 1990 et se balade avec un collier où pend une patte d'alligator. Graphiste et illustratrice particulièrement douée (sans déconner), elle n'est pas franchement la personne à inviter pour une partie de Pictionnary. Toujours motivée et souriante, c'est un rayon de soleil curieux de tout et prêt à bouncer sur un bon Kanye West, tout en te parlant de bluegrass. Par contre, elle a toujours des fringues plus jolies que toi. T'as donc le droit de la détester (enfin tu peux essayer, perso j'y arrive pas). SON SITE PERSO: http://wandalovesyou.com